Fillon avoue
L’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle s’est désisté de son pourvoi en cassation. Il reconnaît par là même qu’il a été condamné dans les règles et donc que la théorie du complot fomenté contre lui par les juges et la gauche n’était que fabulation et écran de fumée.
Quel concert, quel chœur d’indignés, quelle fanfare de soi-disant justiciers avions-nous entendus ! La chose était évidente, manifeste, aveuglante : en ouvrant une enquête contre François Fillon en pleine campagne électorale à la suite des articles du Canard enchaîné, le parquet financier s’était fait l’instrument d’une coalition occulte contre le candidat de la droite, nouée par des « juges rouges », des procureurs aux ordres, des journalistes partisans et par un « cabinet noir » retranché dans les tréfonds du palais de l’Élysée.
Basse manipulation politique, clamait-on. Pour une pléiade d’éditorialistes, pour une grande partie de la droite, pour les esprits forts qui avaient débusqué un vaste règlement de comptes, il était clair qu’on avait monté contre Fillon un dossier bidon qui s’effondrerait immanquablement une fois le tumulte retombé et l’élection présidentielle perdue par Les Républicains. Comme après lui Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen, François Fillon imputait ses tribulations à une justice partisane agissant sur ordre, seulement déterminée à lui barrer la route de l’Élysée.
Condamnations confirmées par la justice
Puis, peu à peu, la vérité a fini par s’imposer. Le candidat soi-disant piégé avait bien rémunéré indûment son épouse pour un travail qu’elle ne fournissait pas, le tout aboutissant à la longue à une malversation conséquente. Condamné en première instance, la victime supposée du complot avait vu la décision confirmée deux fois en appel — quoique atténuée pour lui éviter le port d’un bracelet électronique — puis son recours devant la Cour de justice européenne rejeté pour défaut d’éléments convaincants.
Quatre cours successives, indépendantes les unes des autres, ont donc estimé qu’il était bien coupable des faits qui lui étaient reprochés, jusqu’à la conclusion finale : en se désistant de son dernier recours devant la Cour de cassation, chargée de vérifier la bonne application de la loi, François Fillon admet implicitement, mais clairement, que la procédure enclenchée contre lui était parfaitement régulière. Évanouis, disparus, évaporés, de son aveu même, le complot judiciaire et, tout autant, le « cabinet noir » accusé d’avoir ourdi sa perte.
Ainsi, comme dans l’affaire Sarkozy, comme dans l’affaire des assistants parlementaires du RN, la justice, après avoir été abondamment calomniée, l’emporte sur les accusations fantaisistes portées par des politiques indélicats cherchant à se défausser en abusant l’opinion. L’État de droit, cette cible désignée par la droite et l’extrême droite, CNews, Europe 1, Valeurs actuelles ou Le Figaro, est toujours debout. À moins, bien sûr, que la droite dure l’emporte en 2027 et fasse rentrer à la niche des magistrats qui ont eu l’insigne toupet de vouloir appliquer la loi aux élus corrompus comme aux simples citoyens.



