Fillon-Sarkozy : la rhétorique anti-juges
L’ancien premier ministre a été débouté de son ultime recours devant la justice européenne : il est donc définitivement condamné. Au début de l’affaire, il avait pourtant crié au complot politique, dénoncé un « cabinet noir » et même un « coup d’État » des juges. Exactement comme le font aujourd’hui les défenseurs de Nicolas Sarkozy…
La nouvelle a fait peu de bruit, confinée à quelques discrets articles dans la presse quotidienne. Elle met pourtant un point final à une affaire qui a occupé la scène politique pendant de longues années : François Fillon a été débouté, jeudi 23 octobre, du recours qu’il avait déposé devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) contre sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs. La Cour l’a renvoyé dans ses buts d’une phrase lapidaire : l’action de Fillon est irrecevable pour « défaut manifeste de fondement » et le plaignant a bénéficié d’une procédure judiciaire « équitable » .
On se souvient que le Canard Enchaîné avait révélé, en pleine campagne présidentielle, que François Fillon avait fait rémunérer son épouse Pénélope pendant de longues années comme assistante parlementaire alors qu’elle n’en acquittait aucune des tâches. Le parquet financier s’était saisi de l’affaire, le candidat de la droite avait été mis en examen, avant d’être éliminé au premier tour de la course dont il était le favori.
François Fillon s’était défendu en contestant les accusations portées contre lui, ce qui était bien normal, mais aussi en lançant une campagne systématique de dénigrement de la justice. Sa mise en examen, clamait-il, était le résultat d’un complot ourdi à l’Élysée, dont les juges s’étaient fait les agents au fil de décisions excessives, arbitraires, voire illégales. Une grande partie de la droite avait repris ces accusations en chœur, fustigeant le pouvoir des juges, la politisation de leur action, la partialité supposée des magistrats chargé de l’affaire. La justice disait-elle, s’immisce indûment dans la vie démocratique et consacre le pouvoir tyrannique et illégitime de la basoche. On allait donc voir ce qu’on allait voir : le dossier bidon monté contre Fillon allait s’effondrer immanquablement au fil de la procédure.
Huit ans plus tard, on a vu. En dépit de l’activité frénétique de leurs défenseurs, malgré d’innombrables recours, après une multitude de déclarations aussi péremptoires les unes que les autres, les époux Fillon ont été condamnés en première instance, puis en appel et encore en cassation. Ils ont porté l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’Homme, qui vient de les débouter sèchement. Ils ont certes obtenu un allègement de leur peine, mais leur culpabilité pour « détournement de fonds publics » a été confirmée quatre fois par des juges différents. En fait, on pouvait s’en douter dès le début : quiconque regardait le dossier voyait bien que Pénélope Fillon n’avait pas – et de loin – accompli le travail qui incombe habituellement aux assistants parlementaires.
La vérité, c’est que François Fillon, aidé de ses défenseurs, sachant bien qu’il était coupable des faits révélés par le Canard, a organisé une vaste opération de diversion en lançant des accusations gratuites contre la justice. Celles-ci ont abusé ses partisans et une partie de la presse avant de s’évaporer comme rosée au soleil. Coïncidence ? Cette rhétorique – celle du complot politico-judiciaire – se retrouve aujourd’hui quasiment mot pour mot chez les agressifs défenseurs de Nicolas Sarkozy…



