Fin de vie : rien sans la gauche
La proposition de loi sur la fin de vie ouvre un nouveau droit, celui de choisir sa mort. Une avancée combattue par beaucoup d’élus de droite mais soutenue par la plupart des progressistes.
« Il y a encore pire que la mort, quand la vie n’est devenue qu’une inexorable agonie », a lancé Olivier Falorni, député rapporteur du texte sur la fin de vie, en ouvrant le débat à l’Assemblée nationale en début de semaine. Voilà des années que cet élu venu des rangs socialistes, aujourd’hui Modem, se bat, avec beaucoup d’autres, pour que la France avance sur le chemin de l’aide à mourir. On y est peut-être enfin !
Deux propositions de loi seront discutées au Palais-Bourbon jusqu’au 27 mai. La première, sur les soins palliatifs, ne pose aucun problème de conscience à qui que ce soit. Elle sera votée sur tous les bancs. La seconde, qui cristallise toutes les interrogations, ouvre le droit à une aide à mourir. Soit par suicide assisté, soit par euthanasie. Dans le premier cas, la personne s’administre elle-même la substance létale, dans le second, c’est un tiers du corps médical.
Le texte, qui peut encore être modifié (deux mille amendements sont déposés, et le gouvernement lui-même annonce des précisions à venir) va plus loin que la loi précédente, Claeys-Léonetti, mais prévoit des limites à la possibilité de recourir à l’aide à mourir. Le patient qui en fait la demande doit être « atteint d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ». Il doit aussi disposer de toutes ses facultés cognitives. Sont ainsi éliminées les personnes atteintes de maladies chroniques, si douloureuses soient-elles, ou de dépression, ou encore de maladie neurodégénérative.
Malgré ces garde-fou (que certains trouvent trop sévères), les adversaires de cette avancée juridique émettent plusieurs critiques. Il y a bien sûr ceux qui estiment que « tuer » est contraire à leurs convictions religieuses. Il y a aussi ceux – mais ne sont-ils pas les mêmes ? – qui craignent une « rupture anthropologique » (expression employée par Bruno Retailleau). Il y a encore ceux qui croient que le champ d’application de la loi va dangereusement s’étendre à des catégories non prévues au départ. Il y a enfin ceux qui ont peur qu’une pression excessive s’exercent sur les plus âgés, et les plus pauvres, pour qu’ils mettent fin à leurs jours.
Tous les arguments sont respectables. Mais n’est-il pas une réponse qui l’emporte sur toutes les réticences ? De quel droit l’Etat empêcherait-il une personne gravement malade qui veut vraiment en finir de le faire ? Le suicide n’est pas illégal. Et dès lors que certaines conditions sont remplies, ne vaut-il pas mieux lui fournir les moyens de partir dans la dignité plutôt que de la condamner à passer sous un train ou, quand elle n’est plus capable de bouger, à subir une lente et insupportable agonie ? De même que les femmes ont désormais la maîtrise de leur corps, avec l’IVG, les Français ne devraient-ils pas avoir celle de leur mort ? Comme toute liberté, un nouveau droit recèle des risques qu’il faut encadrer. Mais pourquoi la proscrire ?
Les débats vont être longs et rudes à l’Assemblée nationale. Si la liberté de conscience est accordée par tous les groupes sur ce vote, le clivage gauche-droite resurgit comme toujours sur les questions de société. La gauche soutient l’aide à mourir, les centristes sont divisés et la droite et l’extrême-droite largement hostiles. En commission, grâce au soutien des progressistes, le texte controversé a été adopté par 28 voix contre 15. Comment les esprits évolueront-ils au cours des débats dans l’hémicycle ? La ministre Catherine Vautrin s’est dit prête à renforcer encore un peu plus les conditions d’application de l’aide à mourir. Notamment en précisant la notion de « phase avancée ». Si une majorité vote finalement la « PPL », ce sera tout de même largement grâce à l’opposition. Le texte passera alors au Sénat. Et là, gare au blocage, car la droite y règne. Le chemin est encore long pour Olivier Falorni et ses amis…



