Fitch nous la paix ?
La dégradation de la dette de la France par l’agence Fitch témoigne de la défiance des marchés financiers face à l’instabilité politique et à l’absence de cap. Mais elle n’annonce pas (encore) de catastrophe.
L’abaissement de la note financière de la France par l’agence Fitch, le 12 septembre, n’est pas une surprise. On aurait tort de paniquer. La dégradation de la dette souveraine de AA- à A+, soit 5 crans (sur une échelle de 20) en-dessous de la note maximale, maintient la France dans une catégorie « haute ou bonne », suivant les critères de Fitch. Mais le message est clair : l’instabilité politique qui affaiblit « la capacité à mettre en oeuvre une consolidation budgétaire d’ampleur » va se payer cash sur les marchés financiers.
Confère-t-on trop d’importance aux agences de notation qui, sous prétexte d’alerter les créanciers internationaux sur la solvabilité des États, s’érigent en juges des politiques publiques et budgétaires? Après tout, les États pourraient décider d’ignorer les mises en garde qu’elles leur adressent… Mais cela ne changerait rien à leur influence. Les notes des agences sont des thermomètres, elles ne font que traduire des situations que les marchés financiers ont déjà intégrées, comme le démontre le taux auquel la France place sa dette aujourd’hui (3,46% selon France Trésor). Ces notes n’apprennent rien, mais elles confirment le degré de confiance – ou de défiance – que les créanciers accordent à ces États. Elles servent ensuite de repères aux investisseurs. En l’occurrence, par rapport à la décision de Fitch de mars dernier, qui n’avait pas dégradé la note de la France mais l’avait placée sous perspective négative, c’est l’incapacité du pays à restaurer une stabilité politique et de définir un cap, qui a mis fin à la mansuétude de l’agence. Étonnant qu’un ex-banquier à l’Élysée se montre aussi peu attentif à ce paramètre !
Comment interpréter une notation ? Elle anticipe les futurs déficits budgétaires et la capacité des États à rembourser les emprunts aux échéances. Plus un État risque de faire défaut sur sa dette, plus la note est basse, et plus les créanciers réclament des taux d’intérêt élevés pour faire payer le risque. Alors la charge des intérêts s’alourdit encore plus, le risque de défaillance s’accroît mécaniquement, impliquant une nouvelle dégradation, et ainsi de suite. La France est encore très loin de ce scénario catastrophe. Mais la Banque de France note tout de même que 55% de la dette souveraine est détenue par des opérateurs étrangers, ce qui menace à terme l’indépendance française. Pour ne pas être entraînés dans cette spirale, les États sont poussés à mettre en place des réformes destinées à réduire leur déficit.
On peut condamner l’influence des agences de notation sur les gouvernements : la confiscation d’une partie du pouvoir du politique par la finance n’est jamais plus évidente que lorsque ces agences dégradent la qualité de la dette d’un État. C’est notamment sous la pression des marchés et des agences que le gouvernement Fillon avait engagé une réforme des retraites qui ne figurait pas au projet de campagne de Nicolas Sarkozy ; en 2010, le déficit public s’élevait à 7,1 % du PIB et la dette à 82% (respectivement 5,4% et 114% en 2025) selon l’Insee, et l’État empruntait sur les marchés à 3,4%. Mais en laissant dériver sa dette souveraine, un État se place de fait dans les mains des marchés financiers, agences ou pas. Implicitement, il accepte cette logique. François Bayrou, en s’accrochant à un plan de rigueur pour enrayer cette dérive, avait pour objectif de rassurer les créanciers afin de faire reculer le taux auquel l’État français emprunte. La confiance ne lui ayant pas été accordée, la rigueur n’est plus à l’ordre du jour et l’agence de notation sanctionne la probabilité d’une dérive.
Pour autant, les agences de notation ne sont pas exemptes de critiques. Elles n’ont pas vu venir la crise économique de 2008 ; en 2010, elles ont enfoncé les pays touchés par la crise de la dette dans la zone euro en les contraignant à emprunter à des taux de plus en plus élevés, restreignant leurs marges de manoeuvre pour se remettre à flots. Depuis, elles ont révisé leur méthodologie. Après Fitch, on attend les décisions des autres agences, Moody’s le 24 octobre et Standard & Poor’s le 28 novembre. Sans trop espérer.



