France-Iran : Paris n’a rien à se faire pardonner !
À droite, l’accusation est distillée avec insistance : Paris aurait une dette envers les Iraniens pour avoir accueilli l’ayatollah Khomeini et devrait payer le soutien d’une partie de ses intellectuels à la révolution de 1979. Or, la réalité est tout autre.
L’ayatollah Khomeini a bien été en exil pendant trois mois à Neauphle-le-Château entre 1978 et 1979. Les images du prédicateur chiite en exil sous un pommier dans une maison de banlieue parisienne avaient fait le tour du monde. Exilé depuis plus d’une décennie en Irak, il venait de se faire expulser par Saddam Hussein. Une fois arrivé en France, et malgré les conseils du dictateur irakien qui adjure Valéry Giscard d’Estaing, via un communiqué envoyé à son ancien Premier ministre Jacques Chirac, de le mettre dans le premier avion pour la Libye, l’ayatollah Khomeini reste. Le Chah Pahlavi lui-même demande à l’Élysée de le garder, pensant que le régime laïque français étoufferait ses philippiques ! Or, il n’en a rien été, et le vieux prédicateur a fait preuve d’une parfaite maîtrise des outils médiatiques de son temps. Mais c’était une tolérance toute éphémère. Très vite, la diplomatie française prend ses distances avec le nouveau régime.
Intellectuels français : un soutien très relatif
Quant à l’engagement des intellectuels germanopratins, il est tout relatif. Le cas Michel Foucault, correspondant sur place pour le Corriere della Sera, est particulier et s’inscrit d’ailleurs en dehors de toute lecture marxiste. Le philosophe fut fasciné par la « force spirituelle » qui émanait du peuple iranien, jugeant obsolète l’analyse de la situation fondée sur la lutte des classes. Simone de Beauvoir s’inquiéta rapidement de la dégradation des droits des femmes, tandis que les communistes du monde entier (notamment à Moscou…) virent l’impitoyable poigne du nouveau régime se refermer sur leurs camarades iraniens. Le Tudeh, le parti communiste, sera décapité en 1983 et les derniers militants des partis de gauche massacrés en 1988 (on parle de plus de 2 500 exécutés). L’engouement des intellectuels français pour la chute d’un dictateur n’était pas celui en faveur d’une théocratie islamiste.
Depuis, Paris ne s’est jamais accommodé d’un quelconque rapprochement avec les Iraniens qui ne serait pas passé par un strict respect du droit international. Dans les négociations sur le nucléaire, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères de François Hollande, a exigé des garanties fortes, au-delà de ce que demandait l’administration Obama, un brin pressée de pacifier un Moyen-Orient dont les Américains voulaient se dégager. Déchiré par Donald Trump, l’accord comportait pourtant des dispositions propres à empêcher le développement d’une bombe atomique iranienne.
Les tribunes et les appels à l’intervention armée se multiplient à droite, au nom d’une « mauvaise mémoire » déformée et manipulée. L’une d’entre elles va même faire de l’Iran un régime exportateur du salafisme, une doctrine sunnite qui est le socle idéologique d’Al-Qaïda et de Daech, deux organisations terroristes… en guerre ouverte avec l’Iran.



