France-Italie : les racines de la zizanie
Les invectives du vice-président du Conseil Salvini contre Emmanuel Macron traduisent un malentendu plus profond entre les deux pays.
Les historiens s’interrogeront un jour sur le différend franco-italien du mois d’août 2025. Guerre virtuelle ? Populisme provincial ? Conflit diplomatique ou niaiserie estivale ? Le point de départ du différend en dit déjà long : les gaffes répétées de l’inénarrable Matteo Salvini, vice-président du Conseil, leader d’une Ligue en chute dans l’opinion italienne (8,5% des suffrages) et ami de la souverainiste Marine Le Pen. Sa cible favorite : Emmanuel Macron, fautif d’avoir prôné une intervention militaire dans l’Ukraine en guerre contre la Russie.
Peu soucieux de la vérité, Salvini a oublié que la seule opération envisagée par Macron n’incluait pas l’usage de la force en temps de guerre, mais qu’elle devait suivre la signature d’un traité de paix. D’où l’ invective salvinienne : « Qu’il prenne un fusil, qu’il aille combattre. Bon voyage ! »
En 2018, il avait déjà qualifié le président français de « signorino bien élevé qui boit trop de champagne », mais qui « ne doit pas casser les pieds à l’Italie ». En 2013, il l’accusait de « prendre les Italiens pour des cons ». En mars dernier, il l’avait qualifié de « fou ». En juin, il avait confectionné un photomontage où il le faisait parader en tenue de combat, la mitraillette au poing. D’où la réponse cinglante de Romano Prodi dans La Repubblica : « un petit coup de vent agaçant mais sans aucune conséquence ».
Bien sûr, ces invectives tiennent aux rivalités qui secouent la coalition au pouvoir en Italie. Giorgia Meloni est de plus en plus appréciée par la diplomatie internationale pour son positionnement favorable à l’Europe tandis que Salvini est embourbé dans un souverainisme poutiniste servile. D’où son obsession anti-Macron.
Mais la crise a des racines plus profondes. Il y a les différences d’identité, de tempérament, de mécanismes de sélection des classes dirigeantes, comme le souligne le sénateur démocrate Luigi Zanda. À une « Italie pragmatique, précautionneuse et désireuse de faire sentir son poids sans prendre de risques », s’oppose « une France sûre d’elle mème, voire autosatisfaite, qui pratique un volontarisme de nation centralisée efficace ». Une situation conflictuelle idéale pour un Salvini qui cherche sans cesse à semer la zizanie en Europe.



