France-Pologne : un accord incomplet
Après l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, c’est au tour de la Pologne de se voir gratifier d’un traité d’amitié et de coopération avec la France. « Vive la Pologne ! », disait-on naguère en France. Mais le traité reste très prudent.
Annoncé solennellement et signé dans la ville de Nancy, où a vécu et est mort le beau-père de Louis XV Stanislas Leszczynski, roi de Pologne déchu, ce nouvel accord survient dans un contexte international particulièrement troublé. Petit tour d’horizon. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a poussé la Pologne à se rapprocher des Etats les plus influents de l’UE et de l’OTAN (dont la plupart sont par ailleurs les mêmes), ce qui explique sa volonté de coopération renforcée avec la France. Celle-ci est d’ailleurs directement cité dans le traité, au même titre que la manipulation de l’information et les cyberattaques qu’affectionnent particulièrement les Russes. Pour Emmanuel Macron, il s’agit de faire oublier ses mots sur « l’OTAN en état de mort cérébrale » et de relancer le dialogue avec l’Europe centrale dont plusieurs États craignent la menace russe.
Ce traité ne crée pas de nouvelles obligations en matière de défense : toute intervention militaire française de soutien à la Pologne se ferait dans le cadre de l’article 5 du traité de l’OTAN et de la garantie de sécurité de l’UE (article 42§7). La dissuasion nucléaire n’est pas abordée : il a fallu une question d’un journaliste pour qu’Emmanuel Macron précise que le « flou » entretenu autour de la mention « d’intérêts vitaux » de la Nation n’appelait pas à de définitions supplémentaires. Tout au plus a-t-il rappelé que la dimension européenne de la dissuasion avait déjà été annoncé par le général de Gaulle. Aucun déploiement permanent de troupes tricolores est attendu. Cependant, le traité va bien au-delà des questions d’armement et promet un sommet bilatéral au plus haut niveau entre les chefs d’Etat et de Gouvernement des deux nations. Tous les sujets, de la culture à la justice en passant par l’industrie et la préservation de l’environnement sont cités. De quoi ancré un peu plus dans le marbre la création d’institutions capable de paver le futur d’une Europe souveraine et indépendante.
Hélas, la Pologne reste atlantiste. Les contrats militaires passés avec Thalès ou Safran ne pèse pas lourd face aux partenariats américains et sud-coréens. C’est également le cas dans le domaine de l’énergie : la première centrale nucléaire polonaise est construite par un prestataire américain, mais le traité annonce de vagues intentions générales, comme dans la plupart des autres domaines. A chaque gouvernement à présent de proposer un programme de mise en œuvre effectif pour donner vie à cet accord : cela demandera des moyens et une forte volonté politique.



