Fratelli d’Italia…
Il suffit de parcourir la presse italienne de ces derniers mois pour apprécier à sa juste mesure la dégradation des relations entre nos deux pays. Le Président français, par sa récente visite à Rome, a tenté d’améliorer ce climat délétère. Pour combien de temps ?
Depuis quelques mois, une étrange comédie se joue sous nos yeux : la France et l’Italie, deux vieilles nations voisines et civilisées, semblent incapables de cohabiter sans se chercher querelle. Plus le monde brûle, plus nos deux pays trouvent le temps de se chamailler. Oui, bien sûr, il y a des divergences : sur la gestion des migrants, sur les relations avec les US, sur la gouvernance européenne, sur les contrats militaires ou les projets industriels. Mais faut-il vraiment, à chaque désaccord, convoquer le registre de l’honneur ou de l’invective ? Faut-il que la moindre déclaration maladroite de tel ou tel ministre déclenche une bronca médiatique ou une crise diplomatique ? Jusqu’à la papauté qui s’en mêle quand le souverain pontife refuse d’assister à la réouverture de Notre Dame, sans daigner dire pourquoi.
En réalité, ces tensions sont souvent moins politiques que narcissiques. Chacun déteste chez l’autre ce qu’il refuse de voir chez lui : le paternalisme habituel de Paris et la susceptibilité surjouée de Rome. Certes Giorgia Meloni accuse facilement la France de tout et son contraire. Mais qui peut croire que chaque investissement français constitue une OPA sur l’économie italienne ? Qui peut prendre au sérieux les critiques italiennes déversées sur Bruxelles quand on connait l’énorme pactole accordé par l’Union européenne à la péninsule ? Italia fara da se (L’Italie se fera toute seule), on connaît ! En sens inverse, qui peut croire que la France puisse construire seule une défense européenne sans l’appui des Italiens, champions de l’industrie navale et piliers de l’OTAN ? Et quelle politique méditerranéenne la France peut-elle imaginer sans le soutien de Rome ?
Là où le monde réel exige coopération et lucidité, la diplomatie franco-italienne semble parfois coincée dans une mauvaise pièce de théâtre du type commedia dell’Arte. On s’admire en privé, on se dispute en public, on se jalouse en douce et on se retrouve, penauds, pour signer un accord de coopération. Quatre ans après sa signature en fanfare le traité du Quirinal semble bien loin. Ces tensions récurrentes finissent par desservir les deux pays. Elles font le jeu des populistes de tous bords, affaiblissent l’image d’une Europe unie, et donnent à voir, à Pékin comme à Washington, une Union incapable de s’accorder même entre ses piliers fondateurs. Pendant ce temps, les marchés de défense nous échappent, les flux migratoires restent sans réponse coordonnée, la politique énergétique tourne à la cacophonie et nos voix se contredisent à Bruxelles.
Soyons lucides : la France et l’Italie ont besoin l’une de l’autre. Dans une Europe fracturée par la guerre, l’extrême droite, les transitions industrielles et climatiques, ces deux puissances méditerranéennes devraient former un axe alternatif, pragmatique et chaleureux. Elles pourraient par exemple inciter la Commission à mettre en oeuvre sans tarder les propositions du rapport Draghi (tiens un Italien !) qui dorment encore dans les tiroirs. Encore faudrait-il que tous deux arrêtent de se tirer dans les pattes à chaque occasion. Un retour au calme s’impose : au moment où se profilent d’importantes réunions du Conseil Européen, de L’Otan et du G7. Il n’est plus décent de jouer à « je t’aime moi non plus ».



