Frédérique Bredin : je peux battre Barnier
L’ex-présidente du Centre National du Cinéma (CNC) affronte Michel Barnier ce 21 septembre dans la 2ème circonscription de Paris. La campagne est courte, les candidats nombreux, et la mobilisation incertaine : « Rien n’est joué ! », assure-t-elle.
Vous avez quitté l’Assemblée Nationale il y a vingt-cinq ans. Pourquoi avoir envie d’y retourner aujourd’hui ?
Je suis une femme de convictions ; alors que la situation du pays est grave et que l’extrême-droite est aux portes du pouvoir, il était important pour moi de me réengager. Tout au long de mon parcours, j’ai été animée par la défense de l’intérêt général et du bien commun. J’ai consacré ma vie à défendre la culture, la création artistique, et l’indépendance de l’information, que ce soit comme ministre de la Jeunesse et des Sports de François Mitterrand, présidente du CNC ou directrice d’un grand groupe de médias. Ce sont ces combats qui structurent ma vision de la société.
Vous avez été députée pendant huit ans, mais de Seine-et-Marne. Et vous voilà candidate à Paris ?
J’ai vécu toute mon enfance dans le VIe arrondissement, étudié dans le VIIe et le Ve – au collège-lycée Victor Duruy, puis à Paris-Panthéon-Sorbonne, Sciences Po et l’ENA – et passé ma vie d’adulte dans le VIIe. Je connais chaque recoin et chaque quartier de cette circonscription qui, comme aucune autre à Paris, concentre les grands combats professionnels et militants de ma vie : ceux de la culture, de la jeunesse ou encore de l’éducation et de la recherche.
Quel est l’enjeu de votre candidature ?
Je veux redonner du sens à l’engagement politique et défendre l’idée qu’un autre chemin est possible pour demain. La France est affaiblie depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. La dette a augmenté de 1000 milliards d’euros en huit ans et Macron a eu recours à la dissolution pour cacher sa défaite aux élections européennes. Sa responsabilité est immense : aujourd’hui, le pays est bloqué, paralysé. Personne n’a compris cette dissolution qui a débouché sur un vrai désordre à la fois démocratique, politique et financier. Après la dissolution, il y eu trois Premier ministres en un an qui ont reproduit l’instabilité gouvernementale de la IVe République mais sans instiller le respect de la souveraineté du Parlement qui caractérisait ce régime.
Michel Barnier, mon adversaire, a été le Premier ministre le plus éphémère de la Ve République. Quant à François Bayrou, il ne s’est tourné ni vers les partis politiques ni vers les partenaires sociaux. On ne voit pas comment le nouveau Premier ministre peut durer.
La grande manifestation du 18 septembre pour laquelle tous les syndicats se sont retrouvés dans la rue illustre l’incompréhension des Français face à cette crise.
Vous n’avez guère de chances de gagner …
Les campagnes perdues d’avance, cela n’existe pas ! Qui plus est dans une élection partielle, à la période de campagne extrêmement courte. L’enjeu de la mobilisation est crucial pour cette élection qui s’organise dans un contexte politique d’une exceptionnelle gravité. L’élection de Jean Laussucq, ex-directeur de cabinet de Rachida Dati, a été invalidée le 11 juillet pour irrégularité dans ses comptes de campagne. À ce titre, des élections devaient se tenir d’ici au 11 octobre. Quand j’ai appris qu’elles se tiendraient finalement les 21 et 28 septembre, alors que celles de Montauban, qui a connu la même situation au même moment, n’ont lieu que les 5 et 12 octobre, j’ai écrit à François Bayrou pour protester. La date d’une élection est toujours importante, et elle l’est d’autant en vue d’une partielle pour laquelle quinze jours de campagne supplémentaires peuvent permettre de mobiliser des électeurs qui ignorent souvent l’existence du scrutin.
Le Premier ministre n’a pas daigné me répondre. Rachida Dati devait initialement être candidate. Or le 29 septembre, soit le lendemain du second tour, sera annoncée la date de son procès en correctionnel. Une situation particulièrement inacceptable qui sacrifie l’agenda démocratique au profit d’un calendrier judiciaire personnel.
Rachida Dati a fini par trouver un accord avec Les Républicains … au profit de la candidature de Michel Barnier ?
Je ne connais pas les dessous de cet accord. Mais je suis surprise de l’engagement pris par Michel Barnier de se tenir éloigné des questions qui concernent la Ville de Paris. Voilà qui peut sembler curieux quand l’on se présente devant des électeurs parisiens. Quant à situation des LR pour les élections municipales à Paris, rien ne paraît réglé. La liste LR pour Paris n’est pas encore composée et les militants sont en train de découvrir qui en est exclu. Tout cela interfère avec la campagne des législatives. Si vous ajoutez à cela le fait que 17 candidats se présentent, que Michel Barnier n’est pas très présent sur le terrain et Rachida Dati encore moins, on peine à anticiper qui va se mobiliser ou pas. De quel bord seront ceux qui iront voter ? Avec une menace, celle de la présence active du candidat Rassemblement National, dont l’influence s’accroît dans cette circonscription où elle était jusqu’ici inexistante.
Avez-vous obtenu de nombreux soutiens ?
Ma candidature est soutenue par le Parti socialiste, Place publique, les Écologistes et le Parti communiste. Elle compte aussi sur l’appui précieux de Bertrand Delanoë, Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot, Lionel Jospin, Céline Hervieu, etc. Enfin, ma candidature réunit également des figures LREM (Renaissance) de la première heure qui me soutiennent, à l’image de Gilles Le Gendre et de Sacha Houlié, ce qui illustre la confusion et la déception ressenties par de plus en plus de marconistes de gauche face aux dérives droitières orchestrées par le président de la République et ses gouvernements successifs.
Renaissance a-t-il été victime de l’accord entre Rachid Dati et LR ?
Oui, et ils ne sont pas contents d’être absents, même comme suppléants, dans cette bataille électorale. Rachida Dati ne les a pas consultés lors de son accord avec LR, ce qui semble mettre en danger le soutien du bloc central à sa candidature à la Mairie de Paris.
Et vous, qu’avez-vous appris de cette campagne ?
Je suis tout le temps sur le terrain et suis touchée par l’accueil bon et chaleureux qui m’est réservé. Cela plaît aux électeurs de voir revenir des candidats qui ont le sens de l’engagement politique et de l’intérêt général et ne se servent pas seulement des élections comme d’un marchepied vers un autre agenda politique.
C’est pourquoi je suis convaincue que rien n’est joué dans cette élection partielle où la mobilisation pourrait être faible. Qui mobilise qui ? Qui va venir voter ? Marine Rosset a réalisé un très beau score en 2024 et Michel Barnier à Matignon a subi un échec cuisant. La colère gronde contre Emmanuel Macron. Vingt députés LR n’ont pas voté la confiance à François Bayrou. Le résultat dimanche ne sera pas le même qu’il aurait été il y a un mois. Depuis, on a vécu une querelle d’égos, une mauvaise comédie de boulevard. Le macronisme est en échec et la droite ne sait plus où elle habite.
Nous avons trois niveaux dans cette campagne électorale : d’un côté le laboratoire d’une circonscription où sévit la guerre de la droite (avec un candidat soutenu par Bruno Retailleau) ; de l’autre la reconstruction d’une nouvelle gauche (PS, Place Publique et écologistes sans LFI) et enfin les effets de la situation au plan national.
Quels sont les grands axes de votre programme pour la circonscription ?
Ils sont portés par les grands engagements qui sont les miens depuis toujours : l’éducation, le sport, la culture et l’offre culturelle de proximité. Au niveau de l’école, il faut enrayer la tendance mortifère des fermetures d’établissements qui inquiète à raison les habitants, alors que onze classes, dont deux maternelles, ont été fermées dans la circonscription. Il faut davantage soutenir les étudiants et la recherche autour de la Montagne Sainte-Geneviève qui concentre des pépites comme l’Institut Curie, un véritable Saclay au cœur de Paris dont il faut développer le rayonnement.
Il faut aussi revaloriser le sport alors que son budget, un an après les Jeux Olympiques, est en chute de 17 %. Enfin, il faut cesser le massacre de la Culture. J’ai tenu, dans le cadre de ma campagne, une réunion dans un cinéma d’art et d’essai rue Christine avec des cinéastes, exploitants, libraires, éditeurs, femmes et hommes de musées, et de théâtre afin de mieux comprendre leurs problématiques et d’imaginer ensemble des solutions à porter à l’Assemblée nationale. Je crois à la culture de proximité.
Propos recueillis par Valérie Lecasble



