Frères musulmans : la menace est réelle

par Laurent Joffrin |  publié le 22/05/2025

Les réactions de droite et de gauche au rapport sur « l’entrisme frériste » sont consternantes de simplisme. Alors que le danger mérite une politique efficace et raisonnée.

Laurent Joffrin

Ballet convenu autour du rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » : à droite on déchaîne les grandes orgues, à gauche on minimise avec un ton gêné. Bien entendu, la réalité se situe entre les deux, et les deux camps manquent leur objectif.

Le travail effectué par un diplomate et un préfet présente les critères du sérieux : nombreuses auditions, enquête longue, ton mesuré. Il évalue le nombre des militants « fréristes » à environ un millier et leur influence à quelque 10% des mosquées présentes sur le territoire français. Il décrit une organisation aux liens internationaux solides et à l’activisme militant inquiétant. Sa conclusion est à la fois modérée et néanmoins alarmante : « Si un “risque frériste” existe bel et bien, il doit être évalué à sa juste mesure, notamment au niveau national (…) Le danger d’un islamisme municipal, composite au plan idéologique mais très militant, avec des effets croissants dans l’espace public et le jeu politique local, apparaît bien réel ».

Comme il y a en France quelque 6 millions de musulmans, dont beaucoup ne sont pas pratiquants et dont la grande majorité est étrangère à tout prosélytisme intégriste, on voit bien que les roulements d’yeux et les cris d’effroi des responsables de la droite et de l’extrême-droite ressortissent plus de la rhétorique électoraliste que du diagnostic raisonné. En touchant 10% d’une minorité qui représente elle-même 10% de la population, si l’on en croit le rapport, les Frères musulmans ne sont pas à la veille s’imposer la charia en France, à l’inverse de ce que disent un certain nombre de commentateurs ou de responsables.

Ce qui ne justifie en rien certains discours lénifiants qu’on entend à gauche et qui passent de moins en moins bien dans l’opinion. Pour les uns, le rapport attache trop d’importance à un mouvement sur le déclin qui influence une part décroissante de l’islam en France. Mais alors les mêmes ont manifestement oublié de s’inquiéter quand il était à son apogée : toujours cette manie bien-pensante de ne pas dénoncer l’islamisme par peur de « stigmatiser les musulmans », alors que c’est le contraire qui est vrai. Cette prudence globalisante refuse de différencier clairement islam et islamisme et tend justement à mettre tous les musulmans dans le même sac, en pensant qu’ils seront choqués qu’on dénonce au sein de l’islam la minorité intégriste. D’autres expliquent savamment, pour déprécier le rapport, qu’il existe d’autres groupes ou mouvements défendant une conception fondamentaliste de la religion musulmane en France. Ce qui n’est pas pour rassurer…

La vérité, c’est qu’il existe bel et bien une menace islamiste en France, dont les Frères musulmans sont une composante notable et que ses adeptes ou des prédicateurs prêchent une conception moyenâgeuse de la vie en société, une relégation des femmes et un refus des lois de la République, ce qui doit conduire la gauche à les combattre sans faiblesse. Ajoutons qu’une petite partie de ces zélotes d’un islam archaïque et ultra-conservateur versent dans le djihadisme armé, tandis que les autres tentent d’accroître leur influence dans la vie des quartiers, des associations ou des clubs de sport. « L’entrisme » dénoncé par le rapport n’a rien d’imaginaire.

Deux objectifs doivent guider les pouvoirs publics : d’abord sanctionner sans faiblesse ceux de ces militants qui contreviennent aux lois, mettre à jour les réseaux de financement occultes et à expulser les imams étrangers qui prêchent la mortifère doctrine d’Hassan el-Banna ; ensuite s’adresser à la majorité pacifique des musulmans en luttant contre toutes les discriminations dont ils sont victimes, faciliter leur intégration à la vie sociale et de travail, et s’assurer qu’ils sont traités dans le débat public avec le respect qu’il méritent. Sur les deux fronts, il y a du travail…

Laurent Joffrin