G20 : la gouvernance mondiale sans boussole
Après la COP30, c’est au tour du G20 d’atteindre ses limites. Sous les coups de boutoir des États-Unis qui désertent et dénigrent ces instances, le sommet ne vise plus aujourd’hui qu’à entretenir un semblant de multilatéralisme.
Feu le G20 ? L’absence de résonance de la dernière édition, qui s’est tenue à Johannesburg les 22 et 23 novembre, est symptomatique de la faillite des grands-messes du multilatéralisme. C’était pourtant la première fois depuis la création de cette instance en 1999 que le rendez-vous des pays qui représentent 85 % de la richesse mondiale se tenait sur le continent africain. Mais sans surprise, elle a été boycottée par Donald Trump, arguant de l’assassinat d’Afrikaners – un « génocide » de fermiers blancs – pour refuser la présence de tout responsable américain à cette réunion réduite. Dix-huit pays y ont participé, ainsi que la Commission européenne et l’Union africaine.
Après avoir torpillé les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en imposant des droits de douane non négociés, être sorti de l’Accord de Paris sur le climat et avoir tourné le dos à la COP 30 au Brésil, fait planer la menace d’un désengagement de l’OTAN, sorti les États-Unis de l’Unesco et du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, menacé de représailles les pays qui appliqueraient l’impôt minimum de 15% sur les multinationales américaines… Trump creuse la tombe du G20. Isolationniste mais désireux de réaffirmer son magistère sur les autres pays du monde, le président américain avait même interdit au G20 de de conclure cette session 2025 par une déclaration commune en l’absence des États-Unis.
Qu’à cela ne tienne ! Soucieux de ne pas affronter le président américain mais sans rien céder à la défense du multilatéralisme, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a prononcé la déclaration commune rituelle en début de session, sur la base des travaux menés tout au long de l’année par les sherpas des pays membres sur les thèmes « de la solidarité, de l’égalité et de durabilité ». Enfin, en l’absence d’un dignitaire américain, c’est aussi lui qui a clos les débats alors que, traditionnellement, c’est à ce moment que s’effectue le passage de témoin avec le futur pays hôte. À savoir pour 2026… les États-Unis qui accueilleront le G20 à Miami. Ironie du sort !
Si les organisateurs de cette session ont souhaité envoyer un message universel, assurant que « le monde peut avancer avec ou sans les États-Unis », cette défection d’un membre qui pèse le quart du PIB mondial et mène sa propre diplomatie, parallèle à toute autre forme de concertation, discrédite le sommet du G20 dont la portée est de moins en moins perceptible. Par exemple, même si les guerres en Ukraine et à Gaza déchirent le monde, ces évènements n’ont été que brièvement évoqués dans un paragraphe de la déclaration. La raison de cette étrange discrétion ? Signifier que les affrontements de l’Occident ne sont pas à traiter dans un G20 sur le continent africain, où de nombreux pays se rangent derrière la Russie, présente à Johannesburg. Emmanuel Macron a d’ailleurs évoqué sans détour la perte de sens de cette instance, qui peine aujourd’hui à mobiliser l’ensemble des membres sur des dossiers prioritaires. « Le G20 arrive peut-être à la fin d’un cycle », a t-il déclaré. Un diagnostic qui rappelle celui que le président français avait formulé à propos de l’OTAN en novembre 2019, la jugeant en « état de mort cérébrale » à cause du désengagement américain.
Les décideurs de la planète auraient tout à perdre à laisser se disloquer les instances de gouvernance mondiale péniblement érigées au siècle dernier, souvent après des séquences douloureuses. À plus forte raison au moment où des transitions simultanées – climatiques, technologiques, énergétiques – sont annonciatrices de différents bouleversements et conflits. Sans ces carrefours du multilatéralisme que sont les COP et les G20, même largement démonétisés, les échanges destinés à dresser des feuilles de route pour l’avenir de la planète auront disparu. C’est l’avenir des relations multilatérales qui reste à inventer, autrement qu’à travers une répartition du monde en trois grands empires comme des dictateurs en caressent le projet.



