G20 : l’inégalité menace la liberté
Dans tous les pays, les plus pauvres le restent et les plus riches le sont de plus en plus. Le G20 se saisit du problème, et ses membres s’accordent sur un même constat : les inégalités nuisent à l’économie et l’affaiblissement des classes moyennes met en danger la démocratie.
Les riches le sont de plus en plus et le fossé se creuse avec le reste de la population dans tous les pays de l’OCDE, mais à des degrés différents. Ce problème récurrent prend de telles proportions que les pays membres du G20 l’ont inscrit à leur agenda, les 22 et 23 novembre à Johannesburg.
En France, selon une étude de l’Insee confirmant une précédente note de Bercy, le revenu moyen des foyers à très hauts revenus (0,1% du total) a plus que doublé en vingt ans et s’est accru presque trois fois plus vite que pour les autres foyers fiscaux. Déjà, l’an dernier, l’Observatoire des inégalités avait révélé que les 10% des foyers les plus aisés captent le quart du total des revenus, alors que les 10% les plus pauvres n’en disposent que de 3,3% après impôts et prestations sociales.
Mais le débat n’est pas que français. « Dans les années 80, le revenu disponible moyen des 10% les plus riches dans les pays de l’OCDE était environ sept fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres ; aujourd’hui, il est environ neuf fois et demie plus élevé », établit l’organisation pour le développement économique. Mais pour tous les pays, les études montrent que « des niveaux élevés d’inégalités ralentissent la croissance économique et réduisent la mobilité sociale », insiste l’OCDE. Les richesses mal redistribuées appauvrissent un pays.
Conscients de ce phénomène qui les concerne tous, les pays du G20 ont chargé un groupe d’experts sous l’autorité du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, de leur fournir un état des lieux. Il en ressort que huit pays sur dix connaissent de fortes disparités de revenus et que, aujourd’hui, « les 1% des foyers les plus riches détiennent 41% de la nouvelle richesse mondiale, contre 1% pour la moitié la plus pauvre ». Déjà en 2022, le Fonds monétaire international (FMI) alertait sur le fait que, à l’échelon mondial, « les 1% du haut de l’échelle détiennent 38% de la richesse mondiale et perçoivent 19% de l’ensemble des revenus. Alors que les 50% du bas de l’échelle ne possède que 2% de la richesse et ne touche que 9% des revenus. »
Ce phénomène prend une dimension politique susceptible de déstabiliser les pays dans la mesure où, partout, il s’accompagne d’un affaiblissement des classes moyennes préjudiciable au fonctionnement de la démocratie. D’où la focalisation du G20 sur le sujet, d’autant que le rapport remis par Joseph Stiglitz insiste, comme celui de l’OCDE, sur l’intérêt à tirer d’une réduction des inégalités pour la performance économique.
Pour instaurer un système de régulation des richesses qui freine la montée des inégalités dans le monde, pas moins de 140 pays avaient opté pour la mise en place d’un impôt minimum de 15% sur les multinationales. La mesure avait fait l’objet d’une directive européenne l’année suivante et été introduite en France dans la loi de finances 2024, comme au Canada, au Japon ou au Royaume Uni. Mais c’était compter sans le retour de Donald Trump qui, en juin dernier, a menacé d’un impôt supplémentaire de 20% sur le territoire américain les entreprises étrangères venant de pays qui appliqueraient cette taxation minimale de 15%. D’où un rétropédalage des pays du G7 qui ont accepté d’exempter les entreprises américaines de cet impôt mondial, vidant le projet de sa substance pour ne pas pénaliser leurs propres entreprises aux États-Unis. Ainsi, les actionnaires des entreprises américaines ne verront pas leurs dividendes lestés du produit de cette taxe mondiale, ce qui contribuera à sauvegarder leurs revenus dont une grande partie, pour les plus riches, est aussi constituée des résultats de placements mobiliers.



