Gauche : gare au chaos

par Boris Enet |  publié le 31/08/2025

Le contre-budget du Parti socialiste a le mérite d’exister. Mais l’intransigeance qui l’accompagne fait courir un risque majeur à la gauche.

La secrétaire nationale du parti écologiste Marine Tondelier, le député écologiste et social François Ruffin, la députée écologiste et sociale Clémentine Autain et le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure lors d'une conférence de presse sur une éventuelle candidature commune de certains partis de gauche à l'élection présidentielle française de 2027 à Bagneux, le 2 juillet 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)

Tous les sondages d’opinion l’indiquent : le gagnant d’une éventuelle dissolution se nomme RN, qu’il prenne l’étiquette Bardella ou Le Pen, ce qui déboucherait sur un Waterloo pour les progressistes. Pour l’éviter, Olivier Faure plaide naïvement pour une alliance « de Ruffin à Glucksmann » avant d’en appeler au rassemblement sans exclusive – comprenons avec LFI – face au risque du RN dans les circonscriptions menacées par l’extrême-droite.

Le premier étage de la fusée est en soi problématique. « De Ruffin à Glucksmann » ? Entre un européen convaincu comme Glucksmann et le programme national social de Ruffin, on peine à trouver une cohérence autre que de circonstance. Quant aux écologistes tendance Tondelier, ils savonnent chaque jour un peu plus la pente des maires socialistes sortant dans les métropoles et les villes moyennes. En compagnie des purgés de LFI, version Garrido et Corbières, aux côtés des amis de Clémentine Autain et parfois des ex frondeurs de Benoît Hamon, ils attaquent sans nuances le bilan des équipes municipales en place. De sorte que l’union proclamée à Paris serait un leurre en province.

Le second étage de la fusée consiste à élever d’un barrage contre l’extrême-droite en présentant des candidatures uniques de LFI au PS dans les circonscriptions menacées par la marée brune. En observant la carte électorale, il est clair que l’exception deviendrait la règle. Et voilà comment, malgré les insultes, les dénigrements et l’incompatibilité terme à terme entre les populistes et la gauche démocratique, le NFP nouvelle saison reviendrait par la fenêtre au nom de l’unité contre l’extrême-droite.

Pierre Moscovici, président de la cour des comptes, le rappelle avec sagesse : le FMI ne frappe pas à la porte, la situation des comptes publics n’est pas encore « grave ». En revanche, elle est « préoccupante ». Les économistes discutent la possibilité de perdre trois années supplémentaires entre 2029 et 2032 pour revenir à des eaux plus calmes. Mais les politiques ne peuvent ignorer qu’une énième crise politique dans un contexte international plus que belliqueux peut aussi déclencher la crise financière.

Dès lors, la gauche aurait eu tout intérêt à conserver la possibilité d’un compromis en évitant de fermer définitivement la porte dès le 31 août sur les doigts du maire de Pau. Or, Olivier Faure et la direction socialiste ont d’emblée refusé une telle option, chauffant l’opinion à blanc jusqu’au 8 octobre. Ils semblent avoir l’assentiment d’une majorité mais chacun sait aussi que l’électeur est versatile, parfois cruel.

Si la situation venait à s’envenimer, l’impossibilité d’entériner un budget dans les temps, pourrait aussi se transformer en boulet, avec des conséquences lourdes pour les services publics, les commandes de défense et un nouvel emballement des taux d’intérêts. Le pari est donc osé pour un parti toujours fracturé. En cas de dissolution, avec une barre à 12.5% des inscrits pour se maintenir au second tour, c’est un désastre électoral. N’aurait-il pas fallu y réfléchir à deux fois ?

Boris Enet