Gauche : le mirage de la primaire
A quoi servirait un scrutin de la « petite gauche » où ne figurerait aucun des trois poids lourds de la social-démocratie que sont Glucksmann, Hollande et Cazeneuve ?
Il faut partir d’une réalité têtue : quel que soit le nombre des candidats à gauche, l’essentiel est de choisir la personnalité capable de devancer Jean-Luc Mélenchon au premier tour et de battre le Rassemblement national au second. Sachant cela faut-il ou non une primaire à gauche ?
Les candidatures à la prochaine élection présidentielle fleurissent comme les pâquerettes dans les prés : Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain ou François Ruffin, chacun dans cette « bande à Bagneux » qui promeut cette primaire se voit mener la bataille de 2027. Qu’importe si aucun d’entre eux ne dépasse les 5 % d’intentions de vote. En s’affrontant, ils pensent créer une dynamique en faveur de celui qui la remportera.
Refusant la primaire, chacun des trois poids lourds de la social-démocratie espère au contraire s’imposer comme candidat naturel grâce aux sondages : Bernard Cazeneuve qui a invité les deux autres à assister à sa Convention à Cergy, son ami François Hollande et celui qui l’avait boudé jusqu’ici mais s’est finalement rallié, Raphaël Glucksmann.
Unanimes pour refuser le piège d’une primaire dont ils pensent qu’elle donnera la prime au plus radical, à savoir François Ruffin, ils sont convaincus que l’un d’entre eux s’imposera comme le seul capable d’affronter au second tour le candidat du Rassemblement National, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, d’ores et déjà assuré d’y figurer. Et ils partent du même postulat énoncé publiquement par François Hollande : « Le vote utile pour Jean-Luc Mélenchon dont il a bénéficié en 2022, c’est fini. Chacun sait qu’il n’a aucune chance face au candidat du RN. Le niveau de détestation à son égard est trop important ».
Exit donc, selon eux, à la fois Jean-Luc Mélenchon et le candidat issu de la primaire. Et place aux poids lourds sociaux-démocrates qui, pensent-ils, sont les mieux placés pour faire la course en tête. Et qu’importe s’il devait y avoir plusieurs candidats, là n’est pas l’essentiel puisque celui qui s’imposera comme le seul capable de battre au second tour le candidat du RN bénéficiera du « vote utile ».
Dans le chaos ambiant, que symbolise le bazar qui règne à l’Assemblée nationale, où la faiblesse des partis ouvre la porte aux revendications les plus folles et les plus farfelues, il faudra s’imposer. Face à l’autorité clivante du Rassemblement National dont la victoire déclencherait la guerre civile en France, seule peut l’emporter une autorité rassurante. Pour combattre les populistes, pour conjurer la division et le chaos que nous promet le Rassemblement National, il s’agit de provoquer un réflexe patriotique et républicain susceptible d’imposer la réconciliation du pays. Ce que la gauche radicale es incapable de faire.
Cette primaire, de toutes manières, n’a rien d’acquis. Carole Delga, l’outsider, met les pendules à l’heure : « On ne l’a pas actée au sein du PS. Elle embarque moins de la moitié du parti ». De son issue ne sortira pas un présidentiable puisque les trois sociaux-démocrates les plus capés et les plus crédibles, Glucksmann, Hollande et Cazeneuve n’y figureront pas.
Alors ? Alors, pensent les sociaux-démocrates, il faut dépasser le Parti socialiste, qui ne compte plus que 40 000 militants, pour constituer une Fédération qui intégrerait la Convention de Cazeneuve, Place Publique de Glucksmann et d’autres qui voudraient s’y agréger pour créer une machine de guerre électorale, à l’instar de la refondation opérée en 1971 par François Mitterrand lorsqu’il a pris le pouvoir au Parti socialiste issu de l’ex-SFIO. Avec une réserve toutefois : n’est pas Mitterrand qui veut.



