Gauche : le mirage de l’union à tout prix
Pour la gauche française, la question est moins de savoir si l’union prévaudra, que de désigner un ou une candidate capable de battre Mélenchon au premier tour et Bardella ou Le Pen au second.
Les bonnes âmes s’inquiètent. Le refus opposé par Mélenchon à toute autocritique dans l’affaire du meurtre de Quentin Deranque a encore creusé les divisions à gauche. Non qu’il soit responsable de sa mort : LFI n’a jamais prôné la violence de rue et, en l’espèce, personne ne peut détecter chez lui la moindre volonté de provoquer la mort d’un adversaire politique. Mais les liens qu’il a tissés avec La Jeune Garde, groupuscule violent, mettent en cause sa responsabilité morale.
Des divisions accrues autour de Mélenchon
`Il eût été fort simple, pour lui, de désavouer ses alliés, d’écarter le député dont l’assistant était présent sur les lieux, bref, de couper les liens avec une phalange irresponsable et agressive, qui confond autodéfense contre les fascistes et attaque violente contre un groupe de jeunes filles qui déroulaient une banderole, ou tassage à mort d’un homme à terre. Mélenchon ne l’a pas voulu : il doit assumer ses responsabilités. On déplore dans une partie de la gauche sa « diabolisation ». Il l’a voulue.
C’est pure hypocrisie que de renvoyer dos à dos ces deux gauches, l’une qui estime impossible de continuer à fréquenter Mélenchon, l’autre qui continue à soupirer après le défunt Nouveau Front Populaire avec LFI. Si La France insoumise avait voulu empêcher cette césure, elle aurait fait amende honorable. Manifestement, cette idée même lui est totalement étrangère. En rompant avec lui, les sociaux-démocrates ne font que respecter leurs propres valeurs de démocratie et de refus de la violence politique.
Le pari d’une candidature sociale-démocrate
Dans ces conditions, la musique de l’union sonne faux. Attention ! disent les nostalgiques du NFP, il faut s’unir pour battre le RN. Raisonnement factice : pour battre le RN, il faut réunir une majorité contre lui, bien au-delà des 30 % des suffrages que pèse la gauche aujourd’hui. Mélenchon en est incapable : au second tour d’une élection, il rend impossible le rassemblement des républicains. La droite et une grande partie du centre, désormais, refuseront de se joindre à lui pour barrer la route au RN, dans quelque élection que ce soit. Les sondages le confirment : en cas de duel Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella, les deux tiers, voire les trois quarts des électeurs, voteront RN.
Il faut donc, pour la gauche démocratique, se défaire de LFI au premier tour, pour porter une candidature crédible au second. La gauche radicale non mélenchoniste en est fort incapable, trop excentrée pour rassembler. Seul le centre-gauche a une chance de passer le premier tour, en récupérant les voix progressistes égarées en macronie. C’est donc au PS, force centrale de ce courant social-démocrate, de produire une candidature vraisemblable, fondée sur un projet sérieux, qui enclenche une dynamique gagnante. Non en se fourvoyant dans une « petite primaire » dominée par les plus radicaux, mais en comptant sur ses propres forces, humaines et programmatiques. Alors seulement, la gauche de la raison pourra espérer l’emporter.



