Gauche républicaine : le PS cherche sa ligne
Alors que Bernard Cazeneuve réunissait ses soutiens à Cergy, la direction du Parti socialiste, ragaillardie par une bataille législative menée à l’écart des Insoumis, multiplie les signaux contradictoires. La clarification est urgente en vue de 2027.
Certes, Olivier Faure a admis tardivement la nécessaire rupture avec LFI. Après une proposition de budget issue de ses journées d’été, le PS a retrouvé sa crédibilité auprès de franges avec lesquelles le dialogue était rompu. Mais en participant à la convention « Front populaire 2027 », qui a officialisé la primaire d’une gauche rabougrie à l’automne prochain, Olivier Faure tente de concilier ce qui ne peut l’être.
Clémentine Autain, François Ruffin, Raphaëlle Garrido, Alexis Corbières ont en commun d’avoir été Insoumis avant d’en être débarqués, ou de partir sur la pointe des pieds. Ils auraient pu faire le choix de mener campagne contre les pratiques antidémocratiques de cette mouvance au service d’un seul. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils se sont tus y compris sur les agissements qu’ils ont couvert durant plusieurs années.
Du passé, faisons table rase. Mais la question du programme demeure entière. Sur les thèmes de la défense européenne, de la maîtrise des déficits, de la réalité arithmétique permettant de sauvegarder un système de retraite solidaire, et de la sécurité, au mieux le déni s’impose … quand ce ne sont pas des propositions à contresens de l’Histoire. Là ou une partie de la gauche maintient coûte que coûte une approche régulée de l’économie de marché sans mettre à mal la circulation des échanges et l’indispensable production de richesses, le protectionnisme national est la principale marque de fabrique du discours de François Ruffin.
Que va faire la direction socialiste dans cette galère ? Le risque est qu’elle produise une fois encore un discours contradictoire, perdant sur les deux tableaux car inintelligible pour le plus grand nombre. Deux orteils chez les sociaux-démocrates de demain et les trois autres avec une gauche radicale, prisonnière de ses anachronismes. Olivier Faure maintient malheureusement son cap avec constance et cohérence, tandis que ses oppositions internes cherchent une ligne de crête conjuguant approbation et critique sur le projet stratégique.
À cette heure, elles n’y parviennent pas, car la galaxie de cercles, écuries et think-tank sociaux-démocrates n’offrent toujours pas une maison commune des gauches, européenne et laïque, revendiquant les régulations des excès du marché. À force d’attendre, la social-démocratie manque la possibilité de se recomposer avec une partie des troupes de Gabriel Attal, de la fédération progressiste de François Rebsamen, du PRG de Guillaume Lacroix, des écologistes orphelins et désespère ses supporters. Or, les fondamentaux n’ont pas changé depuis 2022. Ils sont tragiquement confirmés, étude après étude. Le plafond de verre reste désespérément inférieur à 30% pour les gauches en y intégrant les populistes. La dynamique des extrêmes-droites l’emporte, quel que soit le scénario et le front républicain risque l’affaiblissement depuis que Mélenchon apparaît à une majorité de citoyens comme un danger supérieur à Le Pen ou Bardella.
Dans cet entre-deux périlleux, de nouvelles initiatives voient le jour comme l’appel des « Universalistes » paru dans Marianne depuis le 6 novembre dernier. Aussi louables soient ces initiatives trans-partisanes en défense de la raison, de la science, des libertés publiques et de la laïcité, la gauche démocratique de gouvernement ne peut faire l’économie d’un aggiornamento et d’une prise d’initiative commune si elle veut s’adresser au plus grand nombre, dans un pays vieillissant pour qui la sécurité est de loin le premier enjeu du prochain scrutin municipal. A tarder dans la constitution de sa fédération, à ajourner la tenue d’un langage de vérité comme sur le sujet des retraites, la gauche prend le risque de se cantonner à un carré protestataire ou d’apparaître comme opportuniste, se marginalisant durablement. Que Raphaël, François, Carole, Bernard et les autres l’entendent. Le statu quo n’est plus permis.



