Gauche républicaine : un fauteuil pour trois
Sans programme ni incarnation claire à dix-huit mois de la présidentielle, la gauche sociale-démocrate peine à s’imposer tant elle est dispersée. Elle dispose pourtant d’un vivier de présidentiables qu’il lui suffirait de fédérer.
Ils sont trois sur la ligne de départ. Trois sociaux-démocrates de talent qui se rêvent comme des présidentiables. Ils s’appellent Raphaël Glucksmann, François Hollande et Bernard Cazeneuve. Un seul, Hollande est membre du Parti socialiste mais ils veulent tous les trois constituer ensemble une Fédération des gauches républicaines qui aurait la puissance, l’incarnation et le programme pour présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2027.
Lequel ? Personne ne le sait encore, ce qui autorise l’outsider Carole Delga de se dire sur les rangs bien qu’elle reste plus proche de sa chère Occitanie que des enjeux nationaux.
La fine équipe se rend à Lyon ce samedi 22 novembre, à l’invitation de Debout les Socialistes qui réunit sous la houlette d’Hélène Geoffroy, l’opposition à Olivier Faure au sein du PS. Initialement, le Premier secrétaire devait s’y joindre mais il sera finalement absent – ça tombe bien ? – pour cause de participation à la marche blanche contre le narcotrafic à Marseille. Histoire de priorité, il délègue à Lyon son numéro 3 Pierre Jouvet, qui le représentera sans le remplacer.
Dommage …. Car le dialogue entre le trio et le leader du Parti socialiste qu’ils ont longtemps combattu pour ses accointances avec LFI, est devenu la clé de la présidentielle. Depuis qu’Olivier Faure remporte des victoires politiques à l’Assemblée Nationale et assume une rupture ostensible avec le parti de Jean-Luc Mélenchon qu’il ne supporte plus, il s’est mis au centre du jeu. Ce qui pousse les trois à renouer leur lien plus ou moins distendu avec lui. Comment conduire une campagne à la présidentielle, sans le soutien de l’acteur central qu’est le Parti socialiste ?
L’absence de son Premier secrétaire n’est pas le seul défaut de cette journée. L’autre est que chacun restera dans son couloir à disserter : Cazeneuve sur le pacte social, Hollande sur comment changer le monde, et Glucksmann sur la façon de protéger les français, sans qu’aucun débat ne soit prévu pour les réunir ou les départager. Symbolique, ô combien, de l’impasse dans laquelle ces trois-là se sont fourrés.
Car à dix-huit mois de la présidentielle, le peuple de gauche s’impatiente. A quoi sert- il d’avoir sous le pied trois candidats si l’on n’en a toujours pas un capable d’y aller ? Raphaël Glucksmann qui peut donner envie pour sa vision internationale et la modernité de son discours a déçu son camp lors d’une longue émission sur LCI où il n’a pas encore su revêtir l’étoffe d’un présidentiable. François Hollande est reconnu comme le plus brillant mais il reste handicapé par son quinquennat, à l’issue duquel il n’a pas été en mesure de se représenter. Et Bernard Cazeneuve, qualifié par ses amis d’homme d’Etat, peine encore à convaincre qu’il peut aspirer à la plus haute fonction.
Bref, la solution paraît introuvable et aucun des trois ne se sent aujourd’hui assez affermi pour oser se déclarer. Pendant ce temps, Olivier Faure avance les pions de sa propre partition où il s’imagine lui-même candidat à l’issue d’une primaire qu’il remporterait face à Ruffin et à Tondelier qu’il cherche à embarquer à ses côtés. La seule certitude qui réunit ce monde-là est le rejet de Jean-Luc Mélenchon qui se présentera seul de son côté dans une tentative suicidaire de battre l’extrême-droite.
Alors ? L’idée de nos trois gaillards ce samedi à Lyon est de répondre à l’appel lancé par Jean-Christophe Cambadélis pour tenter de constituer ensemble cette fameuse fédération des gauches républicaines qui les rassemblerait. Raté pour le rapprochement avec Olivier Faure, il ne sera pas là. Quant aux trois autres, on peut redouter un petit tour et puis s’en va. En clair, qu’ils échangent quelques idées mais continuent à se regarder en chiens de faïence en attendant de savoir à qui les sondages donneront in fine la possibilité de se lancer.
Dans ce film, le résultat des municipales de mars va compter. En raison de l’irruption des extrêmes, RN et LFI, et de ses propres divisions, la gauche risque de perdre Paris, Marseille, Lyon, les trois plus grandes villes de France et même Lille qu’elle dirige sans discontinuer depuis … 130 ans !
Une telle claque provoquerait-elle un sursaut avec la mise au rancard des divergences pour sceller le rassemblement de la gauche républicaine ? A contrario, si elle sauvait Paris et Marseille, ce que certains espèrent, la dynamique ainsi enclenchée propulserait-elle l’un d’entre eux dans la course à la présidentielle ?
Une certitude : pour s’imposer comme le candidat de gauche capable d’affronter au second tour celui du Rassemblement National, le temps presse. A droite, Edouard Philippe lance déjà toutes ses forces dans la bataille. Au travail, messieurs les futurs candidats ! C’est le moment d’accélérer.



