Gaza, Cisjordanie : le plan Trump enlisé
Plus que jamais, l’avenir du plan de paix est en suspens. La restitution des dépouilles encore aux mains du Hamas est presque achevée. Mais le passage à la seconde phase est autrement délicat.
Deux hommes apparaissent devant la porte d’un entrepôt. A genou, le premier a les mains en l’air. Le second lève son tee-shirt pour montrer qu’il n’est pas armé. A quelques pas, plusieurs soldats israéliens. Des coups de feu claquent, les deux civils s’effondrent.
Cette vidéo a été tournée par un journaliste de l’AFP, le jeudi 27 novembre dans la grande ville de Jénine au nord de la Cisjordanie occupée. Les deux soldats qui ont ouvert le feu appartiennent à la police des frontières. Après un interrogatoire de routine, ils sont libérés au bout de quelques heures. L’Autorité palestinienne parle d’une « exécution sommaire ». Itamar Ben Gvir, le ministre israélien de la Sécurité nationale, assure que « les soldats ont agi exactement comme on l’attend ».
En cette fin de l’année 2025, la Cisjordanie occupée apparaît comme une seconde zone de guerre.
Depuis des mois, les camps de réfugiés palestiniens subissent des incursions à répétition, avec des blindés, des commandos. C’est le cas à Tulkarem, Nour Shams, Jenine. L’alimentation en électricité, les réseaux d’eau potable, les égouts ont été détruit pour rendre impossible le retour des habitants. Comme à Gaza, on a vu entrer en action les bulldozers de l’infanterie pour détruire les bâtiments, labourer les rues. Les Palestiniens ont trouvé refuge dans des installations provisoires au gré des solidarités familiales, parfois grâce à une aide financière de l’Autorité palestinienne ou l’appui de l’UNRWA qui soutient depuis toujours les camps de réfugiés.
Dans les zones agricoles, la situation n’est pas meilleure. Cette année la récolte des olives a été perturbée en raison des attaques lancées par les colons israéliens contre les villages. On a noté 264 attaques de colons contre des civils palestiniens pour le seul mois d’octobre. Cette accélération sans précédent des incidents fait suite à l’annonce en août de la création de plus de 3000 logements qui viendrait fragmenter davantage la cartographie de la Cisjordanie.
Les raids ont aussi provoqué des actions en retour de la part des Palestiniens : un colon de soixante-dix ans a été tué le 18 novembre dans l’agglomération de Goush Etzion. Réaction immédiate de l’armée : 200 suspects interrogés. Depuis l’attaque terroriste du Hamas d’octobre 2023, plus de mille palestiniens et 56 colons ont été tués en Cisjordanie.
Huit semaines après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, Israël a déjà conduit trois campagnes de bombardement après des attaques du Hamas. Ces représailles ont fait quelques trois cents victimes palestiniennes, dont des enfants.
Il est impossible de savoir si les actions sporadiques du Hamas sont des initiatives individuelles ou si elles signalent une volonté des islamistes de violer la trêve en vigueur. Elles s’expliquent en fait par l’apparition de « soldats perdus » derrière la ligne jaune toujours contrôlée par Tsahal : plusieurs dizaines de miliciens du Hamas seraient en effet bloqués dans des tunnels, notamment dans le secteur de Rafah. L’organisation islamiste demande aux pays médiateurs de l’accord de trêve – Égypte, Qatar, Turquie – d’intervenir pour les exfiltrer.
Tsahal occupe toujours 53% de l’enclave gazaouie. Derrière la ligne jaune, les bulldozers travaillent pour raser ce qui est encore debout. Certaines ONG internationales et israéliennes craignent que la reconstruction ne commence dans la partie sous contrôle de l’État hébreu, débouchant de facto sur une partition de l’enclave. La réoccupation de Gaza reste une exigence des ministres suprémacistes au sein du cabinet Netanyahou, tout comme l’annexion de la Cisjordanie.
Plus que jamais, l’avenir du plan Trump est en suspens. La restitution des dépouilles encore aux mains du Hamas – première condition du plan Trump – est presque achevée. Il ne manque que celles de l’israélien Ran Guili et du thaïlandais Sud Thisak Rinthalak, kidnappé par les islamistes en octobre 2023.
Le passage à la seconde phase du plan est autrement délicat. Le mécanisme de désarmement des miliciens islamistes n’est même pas encore établi. Le Hamas ne voudra rendre ses armes qu’à des Palestiniens, au pire à l’un des pays arabes ayant joué le rôle de médiateurs. Mais aucun de ceux qui ont cautionné la feuille de route de Trump n’acceptera de faire partie de la force internationale de stabilisation dans le contexte de tension actuel, sans l’aval d’une autorité palestinienne légitime.
Le pire serait de croire que le cessez-le-feu marque un retour à la normale pour les Gazaouis. Les camions d’aide alimentaire passent désormais en plus grand nombre. Mais ce nombre reste insuffisant pour leur faire oublier la faim. Il n’en a pas fallu plus cependant pour que Bruxelles mette sur pause la suspension de l’accord commercial entre Bruxelles et Israël qu’elle avait envisagée un temps en septembre dernier. L’enlisement menace. Pas sûr que cela suffise pour décrocher le Nobel de la Paix dont rêve Trump.



