Gaza : des otages libérés, un avenir contraint
Joie intense en Israël, soulagement à Gaza : la journée est historique, mais le plan Trump annonce les plus graves difficultés. Les épreuves de la paix vont succéder à celles de la guerre.
Il est midi ce jeudi 9 octobre. À Gaza, on entend des rafales d’armes automatiques au hasard des rues, mais ce n’est pas une reprise des combats. À Tel-Aviv, sur la « place des otages » où les familles se réunissent depuis tant de semaines, on pleure de joie. Soulagement des deux côtés. D’abord, pour les familles des 48 otages qui sont toujours entre les griffes du Hamas. Même si l’on sait qu’une petite vingtaine seulement sont encore en vie, c’est la fin d’un calvaire de 24 mois. Soulagement aussi pour la population israélienne qui s’est mobilisée chaque jour dans les rues. Pour elle, un verrou psychologique vient de sauter. Soulagement enfin pour les Gazaouis qui vivent dans l’angoisse d’une mort imminente depuis deux ans déjà.
Dans ce premier volet du plan Trump, la signature est une chose, et sa mise en pratique une affaire périlleuse. Elle suppose d’abord un cessez-le-feu robuste. Les derniers otages sont dispersés dans des tunnels éloignés les uns des autres. Les commandants du Hamas sont parfois isolés, et les captifs ne sont pas tous aux mains du mouvement. Certains sont aussi prisonniers du djihad islamique, une organisation dissidente. La Croix Rouge qui doit acheminer les otages va devoir opérer dans des conditions délicates, entre blindés israéliens et les immeubles effondrés truffés d’engins explosifs. Enfin, la sortie des otages et des dépouilles de ceux qui sont décédés sera concomitante avec la libération de 2000 détenus palestiniens, dont 250 condamnés à la prison à vie.
Pour délicate qu’elle soit, cette étape est sans doute la plus facile. La seconde phase du plan Trump est autrement plus complexe : en premier lieu, elle n’a pas reçu l’assentiment de Netanyahou qui en a fait une lecture très différente de ce que le président américain avait annoncé dans le bureau ovale. Le Premier ministre israélien, par exemple, ne s’est jamais exprimé clairement sur le retrait de l’armée israélienne de Gaza. La raison est simple : l’abandon de l’enclave gazaouie est une ligne rouge qui ferait exploser la coalition gouvernementale d’extrême droite. L’évacuation de Gaza est pourtant un élément clé pour réussir cette seconde phase si l’on veut obtenir le désarmement du Hamas, l’exfiltration de ses dirigeants et cadres les plus importants encore en vie.
Dans les discussions qui se sont déroulées au Caire, la délégation du Hamas a donné l’impression, à dessein, de ne pas connaître les points 7 et 13 du plan Trump qui impose à l’organisation de rendre ses armes. La démilitarisation de la milice islamique a pourtant reçu l’aval des pays arabes du Golfe, de l’UE et de l’Autorité palestinienne. Cette étape suppose le retrait de l’armée israélienne. En réalité les deux choses sont liées : le Hamas ne pourra rendre ses armes qu’à d’autres Palestiniens, sans doute à l’Autorité palestinienne elle-même.
Depuis toujours, Netanyahou cherche une reddition pure et simple des islamistes à qui il promettait d’ouvrir les « portes de l’enfer ». Cette divergence pourrait mettre en péril la phase deux du plan Trump. Tout comme la question de la gouvernance intérimaire de l’enclave palestinienne. Le plan imaginé par Jared Kushner, le gendre et ancien conseiller de Trump, évoque la mise en place d’une « Autorité internationale de transition » avec Trump comme donneur d’ordre et Tony Blair à la manœuvre.
Le moins que l’on puisse dire est que la seconde phase du projet Trump ne respecte pas la souveraineté palestinienne. Elle offre la perspective d’une administration dont on ignore avec quels moyens techniques elle pourra fonctionner et qui, parce que dirigée par un britannique, pourrait faire écho à la Palestine mandataire d’avant 1948.
Le risque, c’est l’enlisement. Trump a laissé les coudées franches à son complice Netanyahou pendant la première année de son mandat. Il l’a soutenu sans réserve dans sa volonté de remodeler le Moyen-Orient par les armes. Tout a basculé en septembre lorsque la chasse israélienne a frappé le QG des négociateurs du Hamas installés à Doha : plus qu’une simple boulette de la part de Netanyahou, ce fut une remise en cause des négociations secrètes engagées par Trump avec le Hamas via les Qataris. Le patron de la Maison Blanche ne l’a pas accepté et il s’est convaincu que seule une solution politique pouvait arrêter la guerre.
Lorsque les armes se seront tues, nous verrons plus nettement que la seconde étape du plan américain est en partie bâclée. L’avenir de la Cisjordanie n’est même pas évoqué.
On a vu l’impatience de Trump se transformer en lassitude en Ukraine, jusqu’à l’abandon. Prudence, donc. Car si l’on s’en tient à la libération des derniers otages avec un cessez-le-feu précaire, le plan Trump n’aura été qu’un simple répit. La France, qui propose avec l’Arabie Saoudite un plan de paix régional dans la perspective de créer deux États, travaille déjà sur le « jour d’après ». À l’annonce de l’accord sur Gaza, cinq ministres des Affaires étrangères européens se sont réunis à Paris avec cinq pays de la région pour avancer des solutions sur la reconstruction et la future gouvernance de l’enclave. On espère qu’ils auront demain l’écoute de Trump pour consolider ce que le patron de la Maison-Blanche vient d’enclencher avec toute son énergie.



