Gaza-Israël : ce que l’Europe peut faire
On fustige volontiers l’inertie dont font preuve les dirigeants européens envers le gouvernement Netanyahou. Voici comment ils pourraient agir.
Le 28 mai 2024, il y a tout juste un an, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège reconnaissaient l’État de Palestine, si bien qu’à ce jour, l’existence de la Palestine a été admise par 147 des 193 membres des Nations-Unies. Parmi eux, plusieurs pays d’Europe orientale, bientôt rejoints par la France et la Grande-Bretagne, qui s’apprêteraient à le faire en juin à l’occasion d’une conférence internationale à l’ONU. Pourtant, un an plus tard, les portes de l’enfer se sont ouvertes sur l’enclave palestinienne de Gaza. Derrière ce constat, une évidence : à elle seule, la reconnaissance de la Palestine ne suffit pas à changer la donne.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares Bueno l’admet : « pour Gaza, on aurait pu faire plus, plus tôt ». Est-ce en cours ? Le 12 mai dernier l’association des juristes pour le respect du droit international (Jurdi) a envoyé un courrier à Ursula von der Leyen, adjurant la Commission « d’agir face au risque avéré de génocide à Gaza ». A ceux qui demandent comment faire pression sur Israël, Johann Soufi, l’un des fondateurs de Jurdi, a répondu par avance : « un copier-coller de ce qui a été fait pour la Russie, les motifs sont les mêmes… L’Union européenne est avant tout une union de valeurs, si elles sont à géométrie variable, on détruit l’UE ». En tournant le dos au « deux poids, deux mesures » l’Europe retrouverait du crédit : l’Ukraine, Gaza, l’empathie sélective n’est plus de mise.
La révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, annoncé le 20 mai, permettra-t-elle d’aller plus loin ? L’initiative est soutenue par 17 pays de l’UE. Certains y ont vu un « point de bascule ». Pas sûr, pour autant, qu’elle débouche sur quelque chose de très spectaculaire. En effet, aucune décision de l’UE ne pourra être prise sur le terrain du respect des droits humains : il faut un vote unanime des 27 pour obtenir une condamnation politique. Comme l’expliquait dans ces colonnes Sébastien Levi, Netanyahou a isolé Israël de l’Europe, mais il a été reçu avec les honneurs à Budapest, seule capitale qui a bien voulu l’accueillir. Plus efficaces seraient les sanctions économiques. Mais cette fois, Bruxelles doit dégager un vote à la majorité qualifiée, qui n’est pas acquis.
Pourtant les choses changent, dès lors qu’on quitte Bruxelles pour examiner l’attitude des différents pays européens. La Grande Bretagne est un bon exemple : Londres qui exporte des pièces détachées nécessaire à l’assemblage des F-35, vient de suspendre les négociations d’un accord de libre-échange avec Israël. Le « Times » croit savoir que des sanctions sont en préparation contre Itamar Ben Gvir, ministre de la sécurité nationale, Israël Katz, ministre de la défense et Bezalel Smotrich ministre des finances, soit les trois ministres suprémacistes du cabinet Netanyahou.
Le virage le plus net s’est produit à Berlin. Le nouveau chancelier Friedrich Merz vient de briser un tabou en menaçant de ne plus soutenir le cabinet israélien. Même changement de rhétorique à Bruxelles où la présidente de la Commission Européenne qualifie « d’odieux » le bombardement d’une école causant la mort d’au moins trente enfants.
En France, selon le cabinet Odoxa, 62% des personnes sondés sont favorables à la suspension de l’accord Israël-UE, et même à un embargo total sur les produits en provenance de l’état hébreu. Le président Macron a haussé le ton vis-à-vis d’Israël. En phase avec l’opinion, il a gagné trois points de popularité à 29%, soit son plus haut niveau depuis mai 2024.
L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin préconise un soutien clair aux poursuites engagées par la Cour de justice internationale contre les responsables israéliens conduisant la guerre à Gaza. Il souhaite aussi que l’examen de l’accord d’association UE-Israël conduise à minima à un embargo européen sur les armes. Netanyahou, cependant, a les moyens de riposter : Israël livre des missiles sol-air Arrow3 à l’UE. Paris n’a pas intégré cet accord, mais Berlin l’a cosigné.
Plus délicat : la fin de l’impunité pour le gouvernement Netanyahou ne doit pas déboucher sur une action punitive contre la population tout entière. La société israélienne est plus fragmentée que jamais. Certains veulent la fin de la guerre, le retour des derniers otages, à l’exemple des quelque 50% de réservistes qui refusent de rejoindre leurs unités pour aller à Gaza, ou encore ces anciens du Shin Beth, qui signent des pétitions contre des méthodes de combat qui frappent les civils palestiniens. D’autres manifestent contre la dérive de Netanyahou qui rogne l’indépendance de la justice. D’autres encore ne reconnaissent plus leur pays : ils s’en vont. Quelque 80.000 personnes ont quitté le pays en 2024, surtout des jeunes, des diplômés.
Mais à l’inverse, un sondage publié dans le quotidien Haaretz indique que 82% des juifs israéliens souhaitent un nettoyage ethnique de l’enclave de Gaza. Voilà qui fait froid dans le dos…



