Gaza : le jour d’après, c’est aujourd’hui !

par Pierre Benoit |  publié le 14/10/2025

Vingt-quatre heures pour l’Histoire : chronique d’un espoir ténu qui s’installe au Proche-Orient en dépit de tous les obstacles.

Donald Trump s'adresse à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 13 octobre 2025. Le Hamas a remis les 20 otages israéliens survivants le 13 octobre, dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu négocié par le président américain, en échange duquel Israël libère près de 2 000 détenus incarcérés dans ses prisons. (Photo SAUL LOEB / POOL / AFP)

Parfois, l’actualité s’emballe, et nous fait parcourir une seule journée comme une page d’histoire. La première scène s’est jouée à Gaza. A 9 heure 52 ce lundi 13 octobre, il n’y a plus aucun otage entre les mains du Hamas. Les vingt derniers séquestrés sont déjà exfiltrés dans un hôpital de Tel Aviv. « Je n’y croyait pas, je n’avais pas confiance jusqu’à ce matin…et puis son image est apparue grâce au téléphone, il parlait avec sa mère, le Hamas avait autorisé les appels. Un immense soulagement », dit la tante d’Elkana Bohbot, un des vingt survivants relâchés après 738 jours de captivité.

A cet instant, la « place des otages » de Tel Aviv tremble de joie, comme le cœur battant du pays tout entier. « Un moment émotionnel, chaque samedi pendant des mois, les familles des otages sont venues par dizaines de milliers exprimer tristesse, douleur, colère, elles sont dans la joie aujourd’hui », note Daniel Shek, ancien ambassadeur d’Israël en France aujourd’hui conseiller du « Forum des familles des otages ». Il ajoute : « Il faut voir aussi la capacité des proches des otages libérés à partager la tristesse de ceux qui ne retrouveront pas leurs proches et attendent leurs dépouilles ».

La scène suivante a lieu à la Knesset de Jérusalem. Dans son discours préliminaire, Netanyahou est très mesuré. « Un temps pour la paix, un temps pour la guerre. Les deux dernières années ont été le temps de la guerre, celles qui arrivent, j’espère, seront celles de la paix ». Chaque mot est pesé, c’est la première fois qu’il évoque la fin de la guerre, il appelle à la remise en route des accords d’Abraham suspendus par les pays arabes signataires depuis la guerre sans merci à Gaza. Il dit vouloir concrétiser la paix aux côtés du président Américain. Mais il sait qu’il n’a plus la main. Depuis le bombardement du siège du Hamas à Doha par la chasse israélienne en pleine négociations secrètes entre Washington et le Hamas, il a compris que le patron de la Maison Blanche a pris les commandes. Le Proche-Orient est son affaire.

À la Knesset, Donald Trump reçoit une standing ovation, certains députés portent des casquettes rouges sur lesquelles on lit « Trump, le président de la paix ». A la tribune : « Ce n’est pas seulement la fin d’une guerre, c’est la fin d’une ère de terreur… le début d’une grande concorde et d’une harmonie durable pour Israël et toutes les nations. J’en suis convaincu : c’est l’aube historique d’un nouveau Moyen-Orient », déclare Trump.

Comme à son habitude le président américain ne suit pas son script, il improvise, s’égare dans des détours bibliques. « Le dieu qui habitait autrefois parmi son peuple dans cette ville nous appelle encore, selon les paroles de l’Écriture à nous détourner du mal et à faire le bien ». On sent l’inspiration idéologique du vice-président JD Vance dans ses tournures de phrases. Pendant plus d’une heure, l’hubris du président républicain est à son zénith. A la fin Trump porte un regard complice vers Netanyahou « Désormais tu peux être un peu plus gentil Bibi, parce que tu n’es plus en guerre ».

Dans la soirée, plusieurs dizaines de bus partis de la prison de Ketziot dans le désert du Néguev ont reconduit 1968 détenus politiques palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. En dépit des consignes de discrétion assénées par la police israélienne, et l’interdiction de manifester, la rue palestinienne a fêté leur retour à la maison.

La « Conférence internationale pour la paix » de Charm el- Cheikh a clos la journée, en Égypte cette fois. Les délégations arabes, turque, européennes préparent la prochaine étape. Pour tout de suite, doubler le volume des camions d’aide humanitaire avec la perspective rapide d’une conférence humanitaire portée par Paris et Le Caire.

Pour demain, organiser la démilitarisation du Hamas avec la mise en route d’une force internationale de stabilisation, tel est l’enjeu majeur de l’étape qui commence. « Après l’intervention sans doute brutale mais bénéfique du président américain pour mettre un terme à la crise des otages, note encore l’ancien diplomate Daniel Shek, il faut que la fin de la guerre ne soit pas un point final, mais quelque chose d’ambitieux qui rayonne non seulement sur Israël et Gaza, mais sur toute la région ».

Au passage, il salue « la démarche franco-saoudienne en faveur d’une solution à deux États (qui) a servi de catalyseur pour le plan Trump. Macron a été mis en cause en Israël et au sein de la communauté juive de France, je pense au contraire qu’il mérite des remerciements ».

Netanyahou a annulé sa participation à la rencontre sur la Mer Rouge, le Hamas a fait savoir que les Qataris et les Égyptiens le représenteraient. L’invité surprise de la réunion est arrivé au dernier moment. C’est Trump qui a finalement invité le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Au soir de cette journée mémorable, le vieux Raïs incarnait « Monsieur Palestine » alors même que le plan Trump ne mentionne même pas la Cisjordanie occupée.

Peut-on croire que le milliardaire républicain commence à évoluer ?

Pierre Benoit