Gaza : l’effacement des Palestiniens continue
La mise en œuvre du plan Donald Trump se poursuit vaille que vaille, mais on entre aujourd’hui dans une phase autrement ardue. Avec une seule certitude : les mesures prévues ont pour point commun la négation quasi-totale de la cause palestinienne.
La porte s’est entrouverte timidement le 1er février au poste frontière de Rafah. Ce point de passage vital pour l’aide humanitaire était fermé depuis près de deux ans, bloquant le trafic entre l’Égypte et l’enclave palestinienne. Une ouverture partielle, limitée aux seuls habitants, qui ne correspond pas aux demandes de l’ONU et des ONG. Pour cette première journée d’ouverture, seuls quelque 150 blessés ont pu passer pour aller se faire soigner en Égypte. On estime à 15 000 le nombre des Palestiniens en attente d’un départ vers les hôpitaux égyptiens.
Rafah rouvre, l’aide reste entravée
Cette petite porte d’espoir devra forcément s’élargir, car les blessés ne pourront bientôt plus être traités par certaines ONG installées depuis longtemps dans l’enclave gazaouie. Ainsi Médecins Sans Frontières vient d’en recevoir la confirmation : elle devra avoir quitté Gaza d’ici à la fin février, alors même qu’elle assure le tiers des hospitalisations à Gaza. Les autorités israéliennes reprochent à l’ONG de ne pas avoir fourni la liste des employés palestiniens travaillant pour elle. MSF est accusée d’employer deux personnes ayant des liens avec une organisation armée, ce qu’elle a toujours nié. Quelque 37 organisations humanitaires risquent la même expulsion pour ne pas s’être soumises à un contrôle sécuritaire qu’elles estiment contraire à l’éthique de leur activité.
Depuis une semaine, le plan de paix de Trump est entré dans sa seconde phase. Lundi 26 janvier, la dépouille du dernier des 251 otages retenus a en effet été identifiée. Il s’agit de Ran Gvili, un soldat de 24 ans ayant combattu au moment de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 avant d’être blessé et kidnappé par le Hamas. La restitution des corps tout comme la libération des otages faisaient partie de l’accord conclu par le Hamas pour obtenir le cessez-le-feu du 10 octobre dernier. Depuis 2023, c’est peu dire que la question des otages a littéralement chamboulé la société israélienne. On se souviendra du Forum des otages qui a réuni les familles durant 843 jours sur une place de Tel Aviv, sans parler des cortèges réunissant des milliers de manifestants réclamant l’arrêt des combats.
La phase 2 bute sur le Hamas
Le retour du dernier otage clôt une étape douloureuse pour la société israélienne ; elle met fin à une guerre dévastatrice qui a fait plus de 70 000 victimes côté palestinien. Mais celle qui s’ouvre paraît plus incertaine que jamais pour le gouvernement Benjamín Netanyahou. Dans sa phase deux, le plan Trump prévoit le désarmement du Hamas, la mise en place d’une équipe de technocrates palestiniens, le tout sous la houlette du « Conseil de la paix » lancé avec tambours et trompettes lors du sommet de Forum économique mondial de Davos.
Une équipe de transition composée d’une quinzaine de technocrates a été mise en place — elle compte quelques personnalités gazaouies ou d’anciens fonctionnaires de l’Autorité palestinienne —, mais personne n’a encore fait son apparition sur le terrain. La réouverture du point de passage de Rafah sous contrôle israélien était l’une des conditions posées par Washington pour enclencher cette seconde phase. On en est là. Or cette étape stipule aussi un retrait partiel d’une zone toujours occupée par Tsahal, cette fameuse « ligne jaune » qui longe la côte méditerranéenne. C’est dans cet espace laissé vacant que devrait se déployer la force d’interposition internationale.
À ce jour, l’équipe de transition n’a donc aucune marge de manœuvre, aucun moyen d’opérer le désarmement du Hamas. C’est d’autant plus vrai que l’organisation islamiste est toujours présente dans les ruines des agglomérations gazaouies et que le cabinet Netanyahou n’a jamais fait état d’un départ de l’armée israélienne de Gaza. Sans même parler du haut commandement de Tsahal, où personne n’imagine non plus que des militaires venant d’autres pays puissent opérer le désarmement des islamistes.
À Davos, un « new Gaza » sans Palestine
La suite du programme pour Gaza est venue de Davos. C’est là, en effet, que l’on a eu la confirmation éclatante que le drame de l’enclave gazaouie n’est qu’un prétexte cynique pour mettre en scène l’hubris du patron de la Maison Blanche. En lançant son « Conseil pour la Paix », pour marginaliser l’ONU, Trump a trouvé malin de présenter l’avenir de Gaza comme un projet concret qui pourrait recevoir l’appui de la nouvelle organisation internationale qu’il appelle de ses vœux.
C’est Jared Kushner, gendre de Trump et envoyé spécial tout terrain, qui a fait la présentation du « new Gaza » avec force animation vidéo et plan en 3D. Devant un parterre de financiers, il a réussi le tour de force d’évoquer Gaza, sans jamais parler de la Cisjordanie, ni même de la Palestine. Il a omis de parler des 509 victimes palestiniennes depuis le cessez-le-feu du 10 octobre, et de la force internationale d’interposition indispensable pour concrétiser la fin de la guerre. Pendant que défilaient sur les écrans les immeubles grandioses et les hôtels de luxe de la « riviera du Proche-Orient », il a aussi glissé pudiquement sur la question du financement de l’opération. Pour quelques instants, l’avenir de Gaza est devenu radieux. Un rêve pour investisseurs immobiliers qui pourraient convoiter ce nouveau « front de mer » à bâtir. Le « front de mer », aujourd’hui, c’est précisément la partie occupée par l’armée israélienne.



