Gaza : l’enlisement diplomatique de Netanyahu
À mesure que la situation s’aggrave à Gaza, la diplomatie israélienne est en décalage grandissant avec ses interlocuteurs internationaux, à l’image de la France et des États-Unis. Le Premier ministre israélien se retrouve plus isolé que jamais.
Rares sont les thématiques qui réunissent les présidents français et américain, tant sur le plan personnel que politique, mais il est impossible de ne pas voir dans leurs initiatives diplomatiques récentes une défiance symétrique envers le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.
Si Paris provoque la colère d’Israël en raison de sa volonté affichée de reconnaître l’État de Palestine et d’entraîner d’autres pays à le faire, les États-Unis ont de leur côté multiplié actions diplomatiques mettant systématiquement de côté l’État hébreu, qu’il s’agisse de l’accord séparé avec les Houthis, de la reconnaissance du nouveau régime syrien et la fin des sanctions contre le pays, ou encore des discussions avec le régime iranien.
Il est évidemment plus facile de s’en prendre à la France qu’aux États-Unis, avec des raccourcis et des accusations souvent injustes, mais la colère israélienne ne peut cacher un échec majeur de sa diplomatie.
Ce qui réunit les deux situations est l’incapacité et le refus du gouvernement israélien d’imaginer une stratégie du jour d’après la guerre de Gaza. Une stratégie qui aurait pu marquer une intégration poussée dans la région en échange de mesures contre la reconstruction de Gaza et une remise sur pied de l’Autorité palestinienne avec la perspective d’un état palestinien.
Joe Biden n’avait cessé de presser Israël d’agir en ce sens, et dans la défense des intérêts stratégiques du pays, il avait expressément conditionné l’accord sur le nucléaire civil saoudien à leur reconnaissance d’Israël, mais les Saoudiens demandaient en échange une vision politique et diplomatique du jour d’après à Gaza, posant les jalons d’un état palestinien potentiel. Dans sa vision transactionnelle, Trump n’a pas eu ces scrupules et a décidé de leur accorder ce privilège sans exiger aucune contrepartie.
Forts de cette concession majeure des Américains en échange d’investissements massifs aux États-Unis, les Saoudiens sont désormais les partenaires de la France pour pousser à la reconnaissance de l’état de Palestine, sans lier cette reconnaissance à celle de l’État d’Israël, se mettant la encore au centre du jeu régional.
Alors que les sujets du nucléaire civil, d’un processus politique pour les Palestiniens et de la reconnaissance d’Israël auraient dû être liés, leur découplage aujourd’hui marque un échec diplomatique, géostratégique et géopolitique majeur pour l’État d’Israël. La colère contre la France, au-delà des raisons de fond qui pourraient s’entendre, exprime une frustration, fruit de l’impréparation de la diplomatie israélienne et son absence de volonté de penser au jour d’après, pour des raisons idéologiques et de convenance politique. On peut aussi penser que les déclarations incendiaires de certains ministres, parlant d’occupation éternelle de Gaza mais aussi d’annexion des territoires palestiniens dans un contexte de violence contre les Palestiniens en Cisjordanie, ont accéléré la volonté franco-saoudienne d’accélérer le processus de reconnaissance de la Palestine.
Lorsque vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu, avait prophétisé le secrétaire d’état de Joe Biden, Antony Blinken, lors d’une conférence pour la sécurité à Munich.
À cause d’un mélange d’arrogance, d’idéologie poussée par les membres les plus extrêmes de sa coalition et d’incompréhension des nouveau rapports de force régionaux, le gouvernement de Netanyahu a mis Israël au menu des relations internationales sans en être un acteur, se voyant imposer des solutions dont il ne veut pas, tant par des partenaires comme la France que par des alliés stratégiques comme les États-Unis.
En 2019, lors de la campagne électorale, Netanyahu se prévalait de sa maîtrise des dossiers internationaux en s’affichant avec Trump, Modi ou Poutine sur ses affiches de campagne avec un slogan efficace « Netanyahu, dans une autre catégorie ». Alors que les succès militaires d’Israël auraient dû permettre au pays de d’être au cœur de la nouvelle donne régionale, cette promesse électorale apparait comme singulièrement déconnectée de la réalité de l’état d’Israël aujourd’hui.



