Gaza : Netanyahou laisse ouvertes les portes de l’enfer
Une nouvelle fois Netanyahou vient de faire un pas dangereux en repoussant toute idée de « jour d’après ». Fidèle à sa logique infernale de fuite en avant, la nouvelle étape qu’il dessine montre sa volonté inébranlable de durer à la tête de sa coalition d’extrême droite.
Après une semaine de fuites patiemment distillées, voici le résultat : l’enclave palestinienne sera entièrement occupée par Tsahal, mais comme l’a dit le premier ministre sur Fox News, il ne s’agit que de sécurité : « Nous voulons passer le relais à des forces arabes qui gouverneront correctement sans nous menacer ». Le flou cachant le plus souvent un piège, on imagine qu’il n’a pas voulu perdre le soutien des ministres d’extrême droite de sa coalition. Itamar Ben-Gvir, ministre de la sécurité et Bezalel Smotrich, ministre des finances, ont bataillé ferme pour imposer l’occupation complète de l’enclave gazaouie. Tout à leur rêve du « grand Israël », ils veulent revenir à la situation d’avant 2005 lorsque Ariel Sharon a fait évacuer les kibboutz de l’enclave palestinienne.
La perspective d’une occupation complète de Gaza est un trou noir a plusieurs dimensions. D’abord elle sous-entend que la vingtaine des otages vivants encore aux mains du Hamas pourraient être sauvés par la force des armes, en l’absence d’un nouveau cessez-le-feu avec le mouvement islamiste palestinien. Pour les familles d’otages, cette décision équivaut à une condamnation à mort des derniers captifs.
Ensuite le déploiement total de Tsahal doit se faire en deux temps, d’abord sur Gaza-ville, puis sur l’ensemble de ce qui reste à couvrir par les unités militaires déjà déployées. Aujourd’hui les Gazaouis sont concentrés sur moins de 15% de l’enclave. L’évacuation complète de la ville de Gaza implique de « pousser » au sens propre un million de personnes plus au sud de l’enclave. On imagine dans quelle panique un tel déplacement pourrait se réaliser pour une population déjà prise en tenaille entre la faim et des bombardements qui ont fait quelques 60.000 victimes.
Le troisième volet de mesures laisse perplexe : une gouvernance civile, excluant le Hamas tout comme l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, sera confiée « à une force arabe ». Aucune capitale de la région ne va se risquer à jouer un rôle dans une telle mascarade : les pays de la « Ligue arabe » en effet ont déjà exprimé leur soutien à une exfiltration de Hamas pour confier la direction politique de l’enclave à l’Autorité palestinienne.
Tsahal ne voulait pas de cette occupation complète. Sans surprise, les tractations ont débouché sur un compromis à l’avantage de la droite suprémaciste. Dans sa course folle, Netanyahou a perdu le contact avec la société israélienne.
Depuis la rupture du cessez-le-feu par Israël le 28 mars dernier, près d’une cinquantaine de soldats ont été tué, soit 454 disparus au cours des 22 mois de riposte à l’opération terroriste d’octobre 2023. Aujourd’hui, le contingent des réservistes exprime sa lassitude. Des milliers de lettres contre la guerre ont été publiées, beaucoup sont signées par des officiers.
On estime à plus de 20% le nombre des appelés refusant de servir à Gaza. Le 4 août, 500 anciens hauts responsables de l’armée et des services secrets de l’état hébreu publiaient un texte adressé à Donald Trump. Tous ces officiers ayant eu la charge de la sécurité du pays affirment que les principaux buts de guerre sont accomplis. A l’exception d’un seul, la libération des derniers otages qui ne peut être obtenue que par un « accord politique ». Dans une vidéo, l’ancien patron du Shin Bet, Ami Ayalon, martèle : « cette guerre a commencé comme une guerre juste, elle ne l’est plus. Elle conduit Israël à la perte de sa sécurité et de son identité ».
Après l’attaque d’octobre 2023, le pacte politique qui liait Israël avec son armée était en lambeau. Il s’est partiellement reconstitué depuis lors, mais tout est fragile, comme le disent de mille et une manière les lettres, pétitions, manifestations de ces derniers mois. Beaucoup de ceux qui s’expriment contre la guerre ont aussi manifesté dans les rues pour soutenir les familles des otages ou pour contrer les attaques de Netanyahou contre la Cour suprême. A cas d’élection, tous les sondages donnent la coalition au pouvoir perdante.
Voilà pourquoi, une fois encore, Netanyahou laisse grande ouverte les portes de l’enfer sur Gaza.



