« GenZ 212 » : l’espoir de l’Afrique ?
Au Népal, en Indonésie mais aussi en Afrique, la « génération Z » dénonce l’impéritie et la corruption des classes dirigeantes. En répudiant la seule explication par le néo-colonialisme, elle met le doigt sur les véritables maux qui affectent les pays en développement.
La « GenZ » (génération Z) présente deux particularités. La première est sa jeunesse, puisqu’il s’agit de jeunes, garçons et filles, nés entre 1990 et 2010, âgés de 15 et 35 ans, et s’étageant du début d’études longues aux premiers emplois. La deuxième est que cette génération est la première issue pleinement de la « société de l’information », à l’aise dans la maîtrise d’Internet et des réseaux sociaux. Si à l’aise qu’au Maroc elle s’est dénommée elle-même GenZ 212, du numéro de l’indicatif téléphonique du pays. Mais pour n’évoquer que celles qui ont fait récemment parler d’elles, ou pourrait aussi évoquer la GenZ 254 pour le Kenya, ou la GenZ 261 pour Madagascar. Plus généralement, cette génération Z saura-t-elle sortir l’Afrique de sa torpeur postcoloniale ? Celle qui, deux générations après les indépendances politique, saura enfin tirer le continent de son sous-développement ?
Sur la forme, ses membres récusent les chefs autoproclamés, sont extrêmement mobiles, décentralisés, rapides dans leurs annonces, recourant à des réseaux sociaux qui ne sont pas toujours les plus utilisés en Europe (ainsi de Discord au Maroc). Une mobilité plus difficilement saisissable par les forces de répression. Sur le fond, ils se déclarent le plus souvent apolitiques et pacifistes, avec des revendications qui ne sont pas forcément les plus attendues de la part de cette jeunesse, comme par exemple l’emploi.
Leur mobilisation se focalise essentiellement sur droit de vivre dans des conditions plus dignes : la santé et l’éducation au Maroc, l’eau et l’électricité à Madagascar. Au Maroc, ce combat pour l’amélioration des politiques sociales se traduit par la contestation de grands projets à vocation internationale visant davantage le prestige du pays et de ses dirigeants que de meilleures conditions de vie pour les populations. On pense notamment à la construction de grands stades de football dans la perspective de la Coupe d’Afrique des Nations en 2026 et la Coupe du Monde en 2030.
Entre le pain et les jeux, la GenZ 212 préfère le pain. Avec un point commun dans tous les pays où elle se fait entendre : la dénonciation de la corruption, de cet accaparement permanent des richesses du pays et leur détournement par les seules classes dirigeantes. Cette tare caractérise, hélas, la plupart des pays concernés (il suffit pour cela de considérer les données fournies par une ONG comme Transparency International, sachant que la corruption va toujours de pair avec de grandes inégalités sociales.
En cela, ces mouvements sont profondément politiques, même s’ils s’affichent autrement. Il n’y a donc rien de surprenant à ce qu’ils inquiètent fortement les autorités, lesquelles enclenchent de violentes répressions ayant déjà causé plusieurs morts, le plus souvent sans que les pouvoirs concernés sachent gérer ces formes nouvelles de contestation.
Ces premières étincelles auront encore fort à faire avec la grande majorité des régimes africains, juntes militaires, gérontocraties ou autres démocraties de façade. Mais cette GenZ, nourrie au numérique, est peut-être la première à prendre clairement conscience que l’ennemi principal de leur continent n’est pas seulement la post-colonisation mais aussi l’avidité coupable de ses propres dirigeants.



