Glucksmann trace sa route

par Valérie Lecasble |  publié le 05/10/2025

« Nous n’irons pas à la censure en chantant ». Le leader de Place Publique salue l’avancée du 49-3 mais exige de Sébastien Lecornu davantage de justice fiscale. Il affiche une ligne claire où il ne soutiendra, en cas de dissolution, aucun candidat LFI au premier tour des législatives.

Raphaël Glucksmann, lors de la 2ème édition des Rencontres de Place publique à La Réole, dans le sud-ouest de la France, le 4 octobre 2025. Le chef de file de Place publique, qui mise sur une stratégie de rupture avec la France insoumise, gagne du terrain pour 2027 selon les sondages. (Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

Il aime prendre de la hauteur. Certains le diront seul, isolé, lui croit en son étoile. Au moment où la classe politique s’étripe pour savoir s’il faut ou non censurer le gouvernement, Raphaël Glucksmann appelle à la stabilité. Au-delà des calculs politiciens, il voit surtout dans un retour aux urnes la prise de pouvoir annoncée du Rassemblement National, avec le risque de mettre le parti de Marine Le Pen sur la rampe de lancement de l’élection présidentielle.

« Nous n’irons pas à la censure en chantant », scande-t-il et il renvoie la responsabilité sur Emmanuel Macron qui a nommé Sébastien Lecornu dans tous ses gouvernements jusqu’à en faire un Premier ministre. Il salue l’avancée du 49-3 mais enjoint le couple Macron-Lecornu à entendre l’appel des Français à plus de justice fiscale.

Son ton est plus mesuré que celui d’un Boris Vallaud en colère qui décrit des députés socialistes très remontés, choqués d’avoir été évincés des postes à l’Assemblée nationale et qui ont hâte de tourner la – trop longue – page de l’ère Macron. Et même que celui d’un Jérôme Guedj, plus calme mais qui exige à présent pour sortir de l’ornière d’une censure qui déroulerait le tapis rouge au RN ou d’une non-censure où le PS serait la béquille d’Emmanuel Macron, que Lecornu suspende la réforme des retraites jusqu’à la présidentielle, comme seule victoire politique claire pour le PS. Glucksmann en soutient l’hypothèse mais sans l’exiger, et souligne que la pénibilité est déjà une avancée.

Où se situe donc Raphaël Glucksmann ? Au sein de son slogan « Ni Macron, ni Mélenchon », existent des nuances où pour certaines, il diffère du Parti Socialiste. La première est son attitude ferme vis-à-vis du parti de Jean-Luc Mélenchon. En cas de dissolution, il a une conviction forte : il n’appellera jamais au premier tour à voter pour un candidat de La France Insoumise même s’il est député sortant, même si le RN menace de gagner. Parce qu’au second tour, il pense que le candidat LFI est celui qui a le moins de chances de l’emporter face au RN, tant LFI est devenu, pour les Français, un épouvantail pire encore que le RN. Voilà le cœur de sa stratégie politique : « seule la clarté de la ligne génère une dynamique politique pour être le premier à gauche ».

Qu’en pense le Parti socialiste ? Plus sinueux que lui, à la recherche d’un accord électoral global avec les Verts et prêt aux compromis avec LFI, au gré des situations et des circonscriptions, Olivier Faure favorise avant tout l’unité de la gauche pour gagner ou ne pas perdre, quand Raphaël Glucksmann a choisi de tracer sa propre route, raison pour laquelle il ne participera pas à une primaire.

Qui a tort, qui a raison ? Même s’ils disent travailler ensemble tous les jours et s’ils siègent à l’Assemblée nationale dans le même groupe, ces deux-là sont devenus concurrents. Pour l’instant, deux sondages successifs donnent raison à Raphaël Glucksmann qui ravit la tête de la gauche à 15 %, devant Olivier Faure à 7 ou 8 % et Jean-Luc Mélenchon de 12 à 15%. « Nous menons une bataille électorale entre deux visions du monde », s’enthousiasme Glucksmann, déterminé à ce que « les gens comprennent ce que l’on dit ».

« Raphaël Glucksmann n’est pas le candidat du Parti socialiste », douche Olivier Faure, agacé que la créature qu’il avait choisie pour mener le PS aux élections européennes, lui échappe dans la course à la présidentielle.

« La gauche doit proposer un récit progressiste, positif, du réel. Pour l’instant, Olivier Faure n’est pas le candidat du Parti socialiste et oui, Raphaël Glucksmann peut être mon candidat », temporise Carole Delga qui, tout en restant membre du PS, demeure comme d’autres dans l’opposition au Premier secrétaire.

Comment réconcilier l’incarnation et les troupes ? Raphaël Glucksmann élude la question et dit procéder par étapes. A La Réole, c’est celle de sa mission : « être à l’avant garde d’un immense combat pour la démocratie française et européenne ; former la digue qui résistera à la tempête des populismes ». Il y a du Ruffin en Glucksmann quand il scande : « les classes actives et les plus modestes basculent en masse pour le Rassemblement National en raison de la pénibilité et de la précarité de leur travail, de l’insuffisance de leurs fiches de paie. Nous devons remettre les travailleurs au cœur du contrat social car la société d’héritiers et de rentiers a dévalorisé le travail ».

C’est, selon lui, la seule façon d’échapper à la « tentation autoritaire, la quête de l’homme fort qui conduit à la mort de la démocratie ». Sauver l’école publique permettra la révolution citoyenne en France, ce pays qui traite le plus mal ses profs et le mieux ses cadres supérieurs retraités. Ne pas laisser le récit de la France et de son identité au Rassemblement National mais au contraire l’incarner et la raconter, voici, selon lui, les ingrédients pour rendre sa force à la démocratie.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique