Grâce à l’Europe, le tournant 

par Boris Enet |  publié le 19/08/2025

Le bougé a eu lieu. En quatre longues journées, le cours de la guerre s’est modifié au profit du camp de la liberté. De l’abaissement à Anchorage où, vendredi, Trump solitaire applaudissait le dictateur russe à Washington, hier lundi, où la Maison Blanche, avec le sursaut, amorçait un tournant décisif.

De gauche à droite : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen ; le Premier ministre britannique, Keir Starmer ; le président finlandais, Alexander Stubb ; le président ukrainien, Volodymyr Zelensky ; le président américain, Donald Trump ; le président français, Emmanuel Macron ; la Première ministre italienne, Giorgia Meloni ; le chancelier allemand, Friedrich Merz ; et Mark Rutte, secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), posent pour une photo de famille dans le Cross Hall de la Maison Blanche à Washington, DC, États-Unis, le lundi 18 août 2025. (Photo de Aaron Schwartz - Pool via CNP / Consolidated News Photos / dpa Picture-Alliance via AFP)

Un tournant, mais quel tournant ? L’initiative politique a tout simplement changé de camp. Poutine célébré par un Trump complice l’avant-veille, se retrouve sur la défensive. Instruits par la scène honteuse du 28 février quand le Néron des Amériques et le fasciste Vance avaient humilié l’un des leurs, les Européens ont réagi dans un bel ensemble et avec maestria pour assurer que cette fois, il faudrait compter avec eux.

C’est aussi cela la construction européenne. Initiative diplomatique cadrée au cordeau par tous les solistes, notamment par la Présidente de la Commission revendiquant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et le droit pour son peuple de décider de son adhésion à l’UE et à l’OTAN. Macron et Merz exigeant un cessez-le-feu et le premier une réunion quadripartite, Georgia Meloni ou Mark Rutte ne dépareillant pas. Trump, tout à la fois surpris et flatté, voyait débarquer un Zelenski plus grand que lui, escorté par l’armada européenne. Ils lui laissaient la baguette, mais l’orchestre interprétait la partition dans un tempo qui lui échappait. Et cela fait toute la différence entre hier et demain.

Du côté du rapport des forces en présence d’abord. Les Européens ont non seulement pris le relais des Américains en quelques mois aux côtes de l’Ukraine, mais leur poids économique cumulé est bien supérieur à celui des États-Unis, à plus forte raison quand s’y ajoutent le Canada et les pays d’Asie Pacifique qui ont rejoint la Coalition des volontaires. Ils représentent et de loin le « plus gros tiers » du PIB mondial devant Washington et Pékin, tandis que Poutine ne dispose que de moins de 2 % de celui-ci.

Et puis le temps ne joue pas en faveur de l’agresseur. Contrairement à ce qu’il se dit et s’écrit de la part de commentateurs qui ont le nez par trop collé à la fenêtre. Les officiels russes pourtant habitués à mentir en conviennent quand ils avouent que les caisses sont vides et que la récession rôde. La population russe, elle, n’en peut plus. La chair à canon, prélevée dans le Caucase ou fournie par Kim Jong-un, ne suffit plus. L’Ukraine est elle aussi confrontée au manque de soldats, sauf que c’est plus visible dans une démocratie que dans une dictature. L’économie de guerre est ensuite toujours coûteuse et difficile à reconvertir. Les Ukrainiens produisent enfin 95 % de leurs armes, y compris désormais le missile de croisière « Flamingo » d’une portée de 3000 km qui permettra de traiter le territoire ennemi dans sa profondeur de champ.   

Le droit, lui, n’est que du côté des Européens. L’intervention d’Ursula von der Leyen, devant ses pairs et un Narcisse quelque peu décontenancé, le souligne avec force, rappelant le sort de milliers, voire de dizaines de milliers d’enfants ukrainiens enlevés et déportés. Des faits qui justifient à eux seuls les poursuites du criminel de guerre Poutine devant la Cour pénale internationale.

S’y ajoute la démocratie dont la force réside dans la promesse d’un monde meilleur. Les progrès rapides de l’Ukraine se traduisent par une élévation du niveau de vie, de santé, d’éducation en temps de guerre, tandis que les campagnes et parfois les villes russes régressent et basculent dans la violence et le dépérissement social. Poutine a eu beau liquider toute forme d’opposition, la crise travaille le système au cœur au fur et à mesure que la guerre s’enlise et que la Russie est mise au ban de l’humanité. Anchorage n’aura été qu’un mirage quoiqu’en aient dit ceux qui ne parviennent pas à se projeter au-delà de l’instant dans le futur immédiat.

La guerre n’est évidemment pas terminée. Le vaste mouvement de solidarité dans les populations d’Europe et ailleurs dans le monde, préparant la victoire, ne s’est pas produit. Mais la cinquième colonne – Mélenchon et Le Pen en France – n’a pas percé. La guerre peut encore prélever un lourd tribut de sang des deux côtés du champ de bataille, mais l’horizon s’éclaircit pour l’Ukraine grâce à son ancrage européen, alors qu’il s’obscurcit pour la Russie de Poutine.

Boris Enet