Groenland : enfin l’Europe se réveille !
Plusieurs pays européens ont prévu de déployer des troupes au Groenland pour des manœuvres « de grand froid ». Mais avec quelle mission exacte ?
De la parole à l’action. Ce mercredi 14 janvier, tout commence en Conseil des ministres. Sans jamais citer Donald Trump, Emmanuel Macron martèle : « si la souveraineté d’un pays européen et allié était touchée, les conséquences en cascade seraient inédites ». Dans la soirée le ministère des armées annonce qu’un contingent militaire français va participer à des manœuvres conjointes au Groenland avec d’autres pays européens.
Quelques heures après les propos de Macron, Trump réitère sur son réseau social sa volonté d’annexer l’immense île danoise. On connaît la musique : il invoque une soi-disant menace émanant de la Russie et de la Chine, simple prétexte pour s’emparer des terres rares du sous-sol de l’Arctique. Comme pour le pétrole du Venezuela.
Le Groenland, enjeu du « Dôme d’Or »
Le patron de la Maison-Blanche apporte en revanche deux précisions inédites. Pour la première fois, il annonce que le Groenland est « vital pour le Dôme d’Or que nous construisons ». Autrement dit, pour mettre en place le vaste bouclier antimissiles qui apparaît comme la « nouvelle frontière » du mandat Trump dans sa course stratégique face à la Chine. Et il ajoute : « l’Otan serait bien plus efficace avec le Groenland aux mains des États-Unis ». Pour ceux qui n’auraient pas suivi, le patron de l’Otan, c’est toujours moi.
Même pour la forme, Trump n’a pas cru utile de saluer le ministre danois des affaires étrangères et sa collègue groenlandaise qui arrivaient à la Maison Blanche. Lars Rasmussen et Vivian Motzfelt ont été reçus par le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Une réunion sous haute tension, échec assuré. Confirmation à la sortie de la bouche même de Rasmussen : « il est clair que Trump nourrit le désir de conquérir le Groenland ». Et d’acter ainsi un « désaccord fondamental ».
Juste avant la séquence de Washington, Ursula von der Leyen avait lâché quelques mots sibyllins : « il est important que les Groenlandais sachent – par des actes et pas seulement par les mots – que nous respectons leurs aspirations ». Personne n’aura remarqué que la cheffe de l’exécutif européen avait osé parler « d’actes ». Une première.
Après le kidnapping de Nicolas Maduro à Caracas, Trump donnait une interview au magazine The Atlantic. Commentant l’action des forces spéciales américaines, il disait que ses partenaires auraient « tout le loisir d’évaluer l’opération ». C’est ensuite qu’il a recommencé à faire une fixation pour s’emparer du Groenland « d’une manière ou d’une autre ». La prise de contrôle de ce territoire est à l’étude à la Maison-Blanche. On évoque son rachat avec des sommes forfaitaires pour les Groenlandais, le Pentagone élabore aussi une intervention militaire. Cette aberration absolue – un coup de force entre deux pays appartenant à l’Otan – a eu jusqu’ici un effet de sidération déplorable au sein de l’Union Européenne.
Manœuvres « grand froid » : un sursaut européen ?
La France vient donc d’envoyer au Groenland un contingent de troupes de montagne. Avec le Danemark, la Suède, la Norvège, l’Allemagne et d’autres pays européens il s’agit d’un exercice militaire baptisé « grand froid ». Cette décision inédite annonce-t-elle le sursaut européen tant attendu depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche ? C’est toute la question.
La réunion d’une poignée de militaires alliés pour un exercice dans les conditions extrêmes de l’Arctique permettra de faire de très bonnes images. Même si le symbole est évident, ces clichés ne suffiront pas à impressionner Donald Trump. Pas plus que l’ouverture d’un consulat français au Groenland annoncée pour le début février par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Pour être efficaces, tous ces gestes symboliques doivent en appeler d’autres. On ose espérer un sommet de l’Otan où les principes de l’Alliance seraient réaffirmés haut et fort à l’endroit de ces terres Arctiques aujourd’hui sous juridiction danoise.
Mercredi à Paris, le mot Groenland résonnait dans toutes les sphères du pouvoir. Devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu a même sonné l’alerte : « nous ne devons absolument pas sous-estimer la parole du président américain ». Il n’a pas loupé l’occasion de rappeler que la France a besoin d’un budget pour construire son « autonomie stratégique ». Il y a des jours où le décalage entre les pesanteurs nationales du moment et l’urgence des crises internationales donne le vertige.



