Groenland : la servilité du Danemark ne paie pas

par Régis Poulain |  publié le 10/01/2026

Voici des années que le Danemark s’aligne sur Washington. Mais quand Trump convoite le Groenland, cette docilité ne vaut plus rien. Le royaume découvre une règle simple : face au plus fort, la servilité ne protège jamais.

Donald Trump et la Première ministre danoise Mette Frederiksen, au sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à La Haye, le 25 juin 2025. Toute attaque américaine contre un allié de l'OTAN signifierait la fin de « tout », a averti Mette Frederiksen le 5 janvier 2026, après que Trump a réitéré son désir d'annexer le Groenland. (PHOTO CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP)

Depuis 2019, Donald Trump a manifesté son intérêt pour le Groenland, territoire danois en voie d’autonomisation. Au nom de la « protection de l’hémisphère occidental », le milliardaire a essuyé un refus net de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui rappelle que ce territoire appartient d’abord à ses habitants. Depuis le coup de force vénézuélien, le Danemark et plusieurs pays de l’OTAN tremblent à l’idée d’une invocation de l’article 5 face à la première armée du monde, en cas d’invasion du Groenland. À Copenhague, un sentiment d’amère ingratitude domine : malgré sa docilité envers Washington, le pays se retrouve en première ligne des ambitions impériales américaines.

Membre fondateur de l’OTAN, le Danemark ne s’est jamais vraiment démarqué des opérations militaires menées par les États-Unis. Résolument atlantiste, ce royaume de 5,5 millions d’habitants a mis sa tradition militaire au service des missions de l’Alliance. Ses troupes ont été déployées en Irak, malgré l’illégalité manifeste de l’intervention décidée par George W. Bush en 2003 – 12 000 Danois ont servi en Afghanistan ; 44 sont revenus dans un cercueil. Proportionnellement à sa population, le Danemark est ainsi l’un des pays de l’OTAN à avoir payé le plus lourd tribut. Ses moyens militaires et logistiques ont également accompagné les interventions en Libye et en Syrie.

Espionnage, bases et dépendance militaire

Copenhague a aussi laissé Washington jouer contre ses propres alliés. En 2021, la télévision publique danoise a révélé l’existence d’un accord secret entre la NSA et les services de renseignement danois. Entre 2012 et 2014, le Danemark a fourni des moyens indispensables pour espionner les communications de nombreux dirigeants européens — dont Angela Merkel — via des câbles sous-marins. L’alliance est même allée jusqu’à faire entrer le loup dans la bergerie. J. D. Vance a rappelé que des bases américaines existent déjà au Groenland, notamment dans le cadre du dispositif antimissile. Elles étaient une cinquantaine au pic de la guerre froide, certaines creusées sous la glace. Et depuis 2023, des troupes américaines peuvent se déployer au Danemark même, en dehors du cadre strictement otanien — une première dans l’histoire du pays.

Cette dépendance s’accompagne d’une domination économique dans le secteur de la défense. Le Danemark a répondu favorablement aux injonctions américaines visant des dépenses militaires équivalentes à 2 % du PIB. Et qui, sinon les États-Unis, pour fournir l’essentiel de l’équipement ? L’an dernier, le pays a massivement investi dans l’armement américain pour un total de 18,1 milliards de dollars, principalement en missiles sol-air et en avions de chasse.
Après des années d’alignement, d’acceptation — et finalement d’humiliation — le Danemark se retrouve aujourd’hui dans une situation tragi-comique : face à un État plus puissant, aucune servilité ne protège durablement.

Régis Poulain