Groenland, Ukraine : comment résister à Trump
Craignant de perdre le soutien américain dans le dossier ukrainien, les Européens peinent à contrer les prétentions de Donald Trump. Pourtant d’autres pays ont montré que la résistance était possible.
Pour une fois, la réplique a été nette : « pas touche au Groenland ». En marge de la réunion des « pays volontaires » pour garantir la paix en Ukraine, les responsables européens réunis à Paris ont répliqué fermement à Trump : « le Groenland appartient à son peuple. Il appartient au Danemark et au Groenland, à eux seuls de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland ».
Au passage, on trouve ce rappel géopolitique au cœur du communiqué final : « le Royaume du Danemark, y compris le Groenland, fait partie de l’OTAN ». Autrement dit, attaquer le Groenland, c’est tuer l’OTAN. Même si mardi soir, Macron a étrangement balayé d’un revers de manche la menace de Trump d’une prise de contrôle par les armes…
C’est bien la première fois que les Européens se rebiffent franchement. La réaction de l’UE qui a suivi samedi l’enlèvement de Maduro et les frappes sur Caracas était à des années-lumière de cette fermeté de ton. Le droit international y était plutôt mollement évoqué ; le communiqué contenait un appel « à la retenue » plus qu’un ferme rejet d’une opération de piraterie visant à s’emparer des richesses pétrolières d’un pays dirigé par un autocrate.
Ukraine : la crainte d’un retrait américain
Cette pusillanimité découle d’un calcul. Est-il juste ? Depuis des mois, les responsables européens vivent dans une crainte permanente, celle de voir Trump mettre un point final au soutien américain à l’Ukraine. Maintes fois, ils ont donc fait de dos rond, mesuré leur réaction au millimètre. Surtout ne pas froisser Donald Imperator même lorsqu’il répétait mot pour mot le narratif de Poutine sur la guerre. Pour éviter la rupture avec Washington, ils se sont même engagés à augmenter leur budget de défense, étant entendu qu’ils allaient passer des commandes auprès des firmes américaines d’armement.
On dira qu’ils ont marqué des points. Il y a peu, les Européens étaient encore exclus par Washington et Moscou des discussions sur l’Ukraine. En proposant des garanties de sécurité à l’issue d’un cessez-le-feu, ils viennent de rentrer dans le jeu. Commencées à l’été, les tractations ont franchi une étape décisive lors du Sommet de Paris ce mardi 6 janvier : le groupe des pays volontaires sera mené par les Européens avec « le soutien » de Washington. Il ne s’agit pas d’une force de combat mais d’une force de maintien de la paix. Mieux encore, la surveillance du cessez-le-feu se fera sous l’égide des États-Unis qui étaient représentés à Paris par les deux émissaires de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner. Zelensky a précisé que certains dossiers restaient encore à revoir.
Mais rien n’est réglé sur le fond. Poutine peut une fois encore rejeter la perspective d’une force de l’UE. Les Européens font pourtant une concession risquée à l’administration Trump en plaçant les États-Unis en arbitre du cessez-le-feu. Avec Trump à la Maison Blanche, les Ukrainiens doivent se battre sur deux fronts, contre la Russie de Poutine, contre Trump qui n’a jamais cessé de faire le jeu du tsar du Kremlin. Cette résilience des Ukrainiens restera dans l’histoire du second mandat de Trump.
Si l’Europe a choisi de ménager Trump pour conquérir une place dans les discussions sur l’Ukraine, d’autres pays ont été plus pugnaces face à Donald Imperator.
Canada, Mexique, Chine : des ripostes possibles
Le Canada fut le premier à monter au créneau lorsque la Maison Blanche a voulu imposer des tarifs douaniers exorbitants. Le Premier ministre Mark Carney n’a pas plié devant les injonctions de Washington. La guerre des tarifs a longtemps fait rage mais Carney a su calmer le jeu : à la fin de 2025, il est allé voir Trump, les deux hommes ont renvoyé leurs différends à une discussion globale qui doit s’ouvrir cette année dans le cadre de la renégociation de l’accord de libre-échange qui lie Ottawa, Washington et Mexico (ALENA).
Même scénario avec le Mexique. La présidente de gauche Claudia Sheinbaum a réussi à faire reculer Trump sur les droits de douane, limités par exemple à 25% pour l’automobile. Elle est parvenue à mettre en place une forme de donnant-donnant, en faisant déployer des milliers de soldats sur la frontière pour bloquer les migrants clandestins. En fait, elle n’a rien donné à Trump, les discussions se poursuivent à ce jour sur le fentanyl et les drogues qui transitent par le Mexique.
C’est la Chine qui a surclassé tous les pays ayant eu maille à partir avec le milliardaire de la Maison Blanche. L’affaire s’est jouée le 30 octobre entre Trump et Xi Jinping en Corée du Sud. On attendait le match diplomatique de l’année. Avec l’annonce d’une simple trêve dans le dossier des terres rares, la montagne a accouché d’une souris. Pékin a juste accepté de reporter d’un an son contrôle strict de l’usage des terres rares extrait du sol chinois. Xi Jinping peut annuler sa décision à tout moment, il sait que Trump est obsédé par les terres rares dont il veut s’emparer pour assurer sa suprématie technologique.
La leçon est claire : l’offensive Trump n’est pas irrésistible. Bien sûr, la manœuvre est difficile quand le sort de l’Ukraine est en jeu. Mais en usant d’un mélange d’habileté et de fermeté, ses adversaires peuvent tirer leur épingle du jeu. Un constat que les Européens doivent méditer.



