Hélène Geoffroy : nos conditions

par Valérie Lecasble |  publié le 06/06/2025

Signataire du texte d’orientation que Nicolas Mayer-Rossignol a défendu face à Olivier Faure, la maire de Vaulx-en-Velin reconnaît la victoire du premier secrétaire du PS. Elle réclame une indispensable résolution de synthèse, sur le fond et l’orientation, lors du Congrès de Nancy la semaine prochaine. Elle défend avec Nicolas Mayer Rossignol l’exigence d’un PS fort pour les municipales et la présidentielle et le refus de toute alliance avec LFI en cas de dissolution.

Hélène Geoffroy, à Paris, le 25 avril 2025. Ancienne Secrétaire d'État chargée de la Ville, elle est maire socialiste de Vaulx-en-Velin et vice-présidente de la métropole de Lyon. (Photo Bertrand GUAY / AFP)

Malgré la fusion des opposants, Olivier Faure a été réélu…

Nous sommes partis avec la conviction que nous pouvions l’emporter. À l’arrivée, les écarts de voix avec Olivier Faure sont très serrés tant sur les textes d’orientation que sur le vote pour le premier secrétaire. Nicolas Mayer-Rossignol a su rassembler et mener la campagne. Nous ne contestons pas le résultat de 50,9% d’Olivier Faure et nous le félicitons pour sa victoire et son élection. L’ambiance est différente de celle du Congrès de Marseille où son score avait été contesté.
L’important est ce qui s’est passé la semaine dernière. La direction n’a obtenu que 42 % des voix, ce qui acte le score minoritaire du texte d’orientation d’Olivier Faure. Pour les deux tiers du Conseil National, instance de direction du parti socialiste, la répartition des postes se fera donc à 42,2 % pour Faure, 40,38 % pour Mayer-Rossignol et 17,9 % pour Vallaud. Le tiers restant résultera de l’élection des premiers fédéraux dans 100 départements selon des majorités locales. Qui gagnera et pour qui voteront-ils ? Nous le saurons précisément au lendemain du Congrès du 13 au 15 juin à Nancy.

Était-ce le meilleur casting de rééditer le Congrès de Marseille ?

Nous n’avons pas réédité Marseille nous avons créé un rassemblement inédit. Nous avons rédigé un texte d’orientation qui nous a réunis Nicolas Mayer-Rossignol, Carole Delga et moi-même tout en intégrant des personnalités nouvelles comme Jérôme Guedj, Philippe Brun, Laurence Rossignol ou Karim Bouamrane.
Nous n’avons pas créé un rassemblement d’opportunité anti-Faure mais nous avons produit une ligne idéologique d’affirmation d’un parti socialiste fort qui travaille sur un projet social-démocrate. À Marseille, nous étions dispersés, Nicolas Mayer Rossignol et moi-même défendions deux textes différents.
Nous proposons aujourd’hui une ligne politique commune : le nouveau socialisme populaire qu’a théorisé Philippe Brun. Nous avons réfléchi sur le fond et dit de quelle façon nous voulons travailler : 49,1% des militants ont identifié notre projet, celui d’un espace pour la social-démocratie. Nous appelons tous ceux qui sont à l’extérieur et qui se reconnaissent dans cette ligne à revenir au Parti socialiste. Il y a plus de socialistes à l’extérieur qu’à l’intérieur, je leur dis que l’espace existe : venez ou revenez ! Revenez à la maison ! Nous ne fracturons pas le PS, nous sommes attachés à ce qu’il fonctionne et redevienne un Grand Parti Socialiste.
Le rassemblement dépendra désormais de la commission de résolution qui débouchera ou non à Nancy sur une synthèse sur l’orientation – car aucun texte n’est majoritaire seul – et sur le fonctionnement du Parti. Soit les délégués des trois textes d’orientation se mettent d’accord au Congrès de Nancy sur un texte, une ligne, un fonctionnement, soit il ne pourra pas y avoir de rassemblement.

Quels sont, selon vous, les points durs de ce texte commun ?

Nous devons nous mettre d’accord sur la stratégie pour l’élection présidentielle et d’ici là pour les municipales. Aujourd’hui, les avis sont différents. Nous refusons tout accord avec LFI aux législatives, même en cas de dissolution et nous ne partons pas à la présidentielle avec les mêmes convictions. Nous sommes opposés à la primaire que propose Olivier Faure, de François Ruffin à Raphaël Glucksmann.
Nos sujets sont prioritairement de fond. Nous voulons doter le Parti socialiste d’un vrai projet avant d’envisager tout accord électoral. Nous voulons d’abord un programme fort pour le parti socialiste qui s’élargisse ensuite vers les autres.
Ce sera la condition de notre participation car nous ne pouvons pas être membres d’une direction si nous ne sommes pas d’accord sur les sujets stratégiques.
Pour la présidentielle, nous voulons renforcer le Parti socialiste en y faisant revenir ceux qui se reconnaissent dans notre projet. Notre parti doit retrouver ses 100 000 adhérents. Puis, nous travaillerons au sein de notre Fédération socialiste et démocrate pour trouver notre candidat. Nous voulons construire une gauche assez forte pour être présente au deuxième tour de la présidentielle.
Il est difficile d’intégrer une direction nationale si l’orientation est radicalement différente. Au Congrès de Nancy, c’est le moment où ces sujets de fond vont être débattus pour savoir s’il y aura ou pas un chemin commun. L’enjeu est d’une exceptionnelle gravité, il s’agit de trouver la meilleure voie pour battre le Rassemblement National.

Ni Glucksmann ni Cazeneuve ne veulent intégrer le Parti socialiste…

Nombreux sont ceux qui observaient le déroulé du Congrès en nous disant : gagnez et nous reviendrons. Le sujet n’est pas celui-là. Les nouveaux adhérents qui nous ont déjà rejoint ont voté de façon à peu près partagée. Ceux-là trouveront une sensibilité au sein du PS où ils pourront travailler sans fracture. Boris Vallaud est lui aussi favorable à un candidat socialiste. Il se situe quelque part entre nous et Olivier Faure.

Boris Vallaud n’a pas voulu vous soutenir ?

Je n’ai pas d’explication. Une part de notre remontée s’explique par le fait qu’une partie de ses voix se sont reportées de façon significative sur Nicolas Mayer-Rossignol, dans plusieurs fédérations où les militants ont exprimé leur aspiration au changement. Pour le reste, nous avons bénéficié d’une mobilisation de nos électeurs.

Vous vouliez gagner, vous avez des regrets ?

Pas de regret et même par rapport au Congrès de Marseille, un certain réconfort. Nous avons mené une belle campagne, joyeuse, optimiste et pleine d’espoir. Ce fut une campagne de sincérité, sur le fond, dans l’honnêteté et la transparence qui nous a fait du bien. Lors de notre meeting très réussi à Paris, nous avons retrouvé le Parti socialiste tel qu’on l’aime. Les gens étaient heureux. C’est donc possible de se retrouver, il y a matière à construire ensemble. On ne doit pas baisser les bras. Nous n’avions pas ce sentiment à Marseille.

Votre échec sonne le glas de l’ambition de François Hollande pour la présidentielle ?

Toutes les ambitions sont légitimes mais le Parti socialiste doit s’affirmer. François Hollande avait certes une affection pour notre texte mais celui-ci n’est pas une écurie présidentielle. Notre sujet est de choisir le meilleur socialiste qui sera capable de figurer au second tour de la présidentielle. Ce n’est pas de choisir un candidat qui ne pourrait pas y aller parce qu’il défendrait une ligne trop radicale. Selon nous François Hollande, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann, voire Olivier Faure peuvent être ce candidat. Mais il n’aura de chance de gagner que si le Parti socialiste s’affirme.
La primaire de toute la gauche que propose Olivier Faure générerait au contraire de la radicalité absolue qui ne peut pas permettre de gagner. L’espace que nous occupons s’affaiblirait encore car le résultat de cette primaire serait une radicalité extrême.
Il nous faut au contraire pouvoir rassembler autour d’un candidat avec les socialistes déçus qui sont partis soit à La France Insoumise, soit chez Emmanuel Macron. Sans oublier ceux qui ne sont chez personne et sont juste désespérés.

Mais sans union, la gauche ne peut pas gagner…

Être unis, cela ne suffit pas pour gagner une élection. On doit construire des convergences et bâtir un contrat de gouvernement. L’union de la gauche est à 30 %, et il s’agit d’une simple union de circonscriptions électorales. Sur le fond il existe des désaccords entre les formations politiques de gauche sur des sujets tels que le nucléaire, la sécurité, la politique étrangère, etc.
Nous devons commencer par dire qui nous sommes afin de rassembler une majorité de français. Pour les élections municipales, Nicolas Mayer-Rossignol a dit qu’il n’accepterait pas d’accord national avec LFI. Libre aux maires de passer des accords sur des projets locaux. L’urgence pour les socialistes est de trouver de bons candidats partout et un projet municipal collectif. Nous avons les projets des maires sortants. LFI a construit un projet municipal pour ses futurs candidats.
Quant à Raphaël Glucksmann, il construit son parti, on ne peut pas lui en vouloir. On verra à terme ce qu’il fait alors qu’une partie de sa famille est au PS. Il a un projet et nous aussi, nous nous retrouverons autour de ça, comme lors de l’accord pour les européennes qui fut fructueux. Concernant enfin Olivier Faure, tous les Premiers secrétaires se posent la question de la présidentielle. Il est légitime. Mais il est trop tôt pour parler d’incarnation. Mettons-nous d’abord au travail !

Propos recueillis par Valérie Lecasble

Valérie Lecasble

Editorialiste politique