Hold-up américain sur les données des Européens

par Régis Poulain |  publié le 04/09/2025

Le gouvernement américain veut pouvoir identifier les citoyens européens qui « constituent une menace pour les États-Unis ». Aucun État-membre ne permet un tel accès en temps réel à ses fichiers de données de police à un autre État-membre. Une demande sans précédent.

Photo d'archives : Une agente des douanes et de la protection des frontières, utilise le système biométrique US-VISIT avec prise d'empreintes digitales et photographie des étrangers avant leur entrée sur le territoire, à Atlanta. (Photo d'Erik S. Lesser / Getty Images via AFP)

Une nouvelle brèche dans la législation européenne sur la protection des données personnelles ? Saisi d’un prurit digne de George Orwell, les États-Unis souhaitent avoir accès aux données biométriques de toute la population européenne. Jusqu’à présent, les autorités américaines se contentaient de les exiger des visiteurs étrangers à leur entrée sur leur territoire. Ils veulent maintenant pouvoir consulter celles de tous les Européens, qu’ils viennent ou non aux États-Unis. Pour appuyer cette demande extravagante, ils menacent d’annuler en 2027 le « Visa Waiver Programme (VWP) », le dispositif légal qui permet aux Européens de se rendre aux États-Unis sans visa.

Le partage des données demandé par l’administration Trump concernera aussi bien les photos d’identité que les empreintes digitales ou « des éléments biographiques », comme la date et le lieu de naissance. Le futur dispositif, le « Enhanced Border Security Partnership (EBSP) » permettra aux fonctionnaires du département de l’Homeland Security d’avoir accès à ces informations d’un simple clic.

Chose curieuse : au cœur de l’été, la commission européenne a accepté de négocier avec les États-Unis sur le sujet sans même que les citoyens n’en soient informés par une conférence de presse. Plus gênant, cette discussion ne figurait pas à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres de l’Intérieur européens des 22 et 23 juillet. Pourquoi un tel manque de transparence ?

Pour faire passer la pilule, les Américains proposent que ce partage d’information soit réciproque. Chat échaudé craint l’eau froide : après avoir ponctionné les Européens par ses droits de douane, croit-on que Trump et les milliardaires de la Silicon Valley qui le soutiennent vont soudainement jouer le jeu et se fonder sur une confiance réciproque ? De plus, il n’existe pas d’équivalent américain aux systèmes de données allemand ou français : la nature fédérale de l’État américain complique beaucoup trop la centralisation de ces informations. Des sociétés privées, comme Palantir, utilisent déjà des quantités faramineuses de données pour traquer les immigrés illégaux avec l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Faut-il récompenser Washington en augmentant sa force de frappe numérique au détriment des libertés individuelles ? Une nouvelle fois, les États européens sont au pied du mur.

Régis Poulain