ICE : après le crime, le mensonge
La police de l’immigration américaine (l’ICE) a abattu une femme en pleine rue lors d’une intervention à Minneapolis le 7 janvier. Au-delà du drame, le mensonge de l’ICE pour couvrir son méfait témoigne du glissement des États-Unis vers un régime autoritaire.
La scène, filmée par des passants, est glaçante. On y voit une femme, simple témoin de l’action de la police anti-immigration, sans lien avec cette arrestation, quitter les lieux avec deux policiers à sa poursuite. L’un d’eux lui tire dessus alors qu’elle tente de s’éloigner en voiture, à vitesse réduite. La voiture s’encastre dans un arbre. Alors que le policier qui l’a tuée s’éloigne, les secours arrivent mais échouent à la sauver.
L’horreur de la scène prend une tournure encore plus sombre à la lecture du tweet mensonger et quasi-orwellien du DHS (Department of Homeland Security), qui chapeaute l’ICE. Le DHS fait état du « terrorisme intérieur » dont se serait rendu coupable cette femme, qui aurait voulu écraser les policiers en leur fonçant dessus. Un mensonge, particulièrement outrancier après un tel drame, qui a été repris sans grande surprise par Donald Trump. Le président américain n’a pas eu un mot de compassion envers la victime qu’il qualifie d’« agitatrice », manifestement tuée pour avoir désobéi à l’ordre de s’arrêter, et qui n’exerçait vraisemblablement aucune menace sur la sécurité des policiers.
Un risque d’embrasement politique et social
Tout dans cette affaire pourrait enflammer le pays : le rôle de l’ICE, le fait que la scène ait été filmée, le conflit ouvert entre le gouvernement fédéral et les autorités locales (Gouverneur et Maire) sur l’appréciation des événements, mais aussi le lieu : Minneapolis, la ville où George Floyd a été tué, et qui abrite une forte communauté somalienne, régulièrement visée par les éructations racistes de Trump
Les États-Unis pourraient bien être à l’aube de protestations majeures devant la dureté des images et leur force symbolique, et plus encore devant le véritable mensonge d’État assené et ouvertement assumé par le gouvernement américain, et d’abord par Trump lui-même. Il est probable que le président profiterait d’éventuelles violences pour durcir encore la répression contre les « anarchistes » et les « cinglés gauchistes qui n’aiment pas leur pays ». Ces troubles pourraient lui permettre de reprendre la main sur la scène intérieure, après l’avoir été à l’international, sans avoir à se préoccuper des problèmes de pouvoir d’achat ou d’accès à la santé, qui ne l’intéressent pas.



