Incendies : rien de naturel…
Les assureurs sont formels : les catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique s’aggravent plus vite que prévu. La progression des feux de forêt, liée à l’augmentation des épisodes de sécheresse, en est la traduction.
Même amplifiés par les effets d’une météo caniculaire, les feux de forêt ne sont pas reconnus comme catastrophes naturelles. En tout cas, pas pour les assurances. Et pour cause : on estime que neuf départs de feux sur dix sont d’origine humaine. Ainsi, même si les sécheresses accroissent les risques d’incendie comme dans le département de l’Aude, où plus de 16.000 hectares sont partis en fumée cet été, ces feux n’entrent pas dans le périmètre de sinistres couverts par la garantie « Cat Nat » (Catastrophes Naturelles). Pas d’autres solution, pour les victimes de ces incendies, que d’activer les garanties prévues dans leur propre contrat multirisque habitation pour espérer toucher une indemnisation. Encore faut-il, comme le prévoit le Code forestier pour les propriétaires proches d’une forêt, démontrer que leur terrain sinistré avait été débroussaillé.
En revanche, le dispositif Cat Nat mis en place en France en 1982 s’applique aux situations de sécheresse prolongée, parce qu’elles sont à l’origine du gonflement des terrains argileux au moment de leur réhydratation. Et pour ce qui concerne les feux de forêts, les surfaces sinistrées augmentent statistiquement avec la progression des périodes critiques. De là à déduire que les feux de forêts vont se multiplier…
« La fréquence des sécheresses agricoles a été multipliée par deux au niveau national depuis les années 1960 et par trois dans le sud de la France », constate le ministère de la Transition écologique. Cette année, marquée par la succession de canicules, le système d’information Effis du programme européen Copernicus comptabilise à la mi-août quelque 37.000 hectares de terrains brûlés en France. Même si on est encore loin des dégâts causés par les incendies de 2022 qui ont dévasté plus de 72.000 hectares d’espaces naturels, on note une accélération foudroyante des surfaces sinistrées: plus de 40.000 hectares en 2019, 30.000 en 2021, et toujours entre 10.000 et 20.000 hectares les autres années depuis 2016… alors que, au cours de la décennie précédente, on déplorait moins de 5000 hectares brûlés chaque année.
Or, le risque augmente : selon une étude menée par les compagnies d’assurance, d’ici à 2050, la France devrait connaître une progression de 85% des épisodes de sécheresse, et même de 120% pour la Normandie et 160% pour la Bretagne. Et les modèles actuels des assureurs prédisent des périodes de huit ans consécutifs de sécheresse à l’horizon 2050. Les efforts de prévention, tant individuelle que collective, et les moyens de lutte contre la perte d’espaces naturels vont devoir changer d’échelle.
Pour autant, la sécheresse n’est pas le principal risque découlant du dérèglement climatique. A lui seul, le risque inondation a représenté 56% des indemnisations versées par les assurances au cours des vingt-cinq dernières années. Et ce risque devrait progresser de 64% dans les prochaines décennies.
Pour la Caisse centrale de réassurance, prenant comme référence les 6,5 milliards d’euros que les sinistres climatiques ont coûté en 2023 en France, les indemnisations liées à l’ensemble des catastrophes naturelles devraient augmenter de 45% avant 2050. « Le dérèglement s’aggrave plus vite que prévu », alerte France Assureurs. Ce qui va contraindre à réviser le régime de Cat Nat, fragilisé par cette accélération. Il est actuellement financé par une surprime sur la totalité des contrats d’assurance dommages, de l’ordre de 25 euros en moyenne par foyer et par an.
Fondé sur une mutualisation des risques, sa réévaluation concernera l’ensemble des assurés, en dehors de l’augmentation des tarifs d’assurance habitation individuelle, déjà soumis à des variations en fonction de la sinistralité et des aléas climatiques. Par exemple, plus de 80 % des habitants de la région PACA ont déjà été touchés par un sinistre climatique, contre seulement 25 % en Bretagne. Ce que traduit le différentiel d’un tiers des montants de primes d’assurance appliqués dans ces deux ces régions.



