Incroyable : une bonne nouvelle écologique

par Laurent Joffrin |  publié le 29/05/2025

L’Europe tient ses objectifs de diminution des émissions de GES pour 2030. Ce qui tend à prouver que les gouvernements ne sont pas aussi inertes qu’on le dit en matière climatique.

Laurent Joffrin

Comme d’hab, les mauvaises nouvelles chassent les bonnes. Pourtant celle-ci mérite qu’on s’y arrête : mercredi 28 mai, la Commission de Bruxelles a annoncé que les Européens se rapprochaient de l’objectif de réduction des émissions de CO2 de 55 % qu’ils se sont fixés pour 2030 (par rapport à 1990). La Commission annonce compter pour une baisse de 54 % à l’échéance fixée.

Voilà qui nous change de la coutumière déploration qu’on entend dès qu’il s’agit d’écologie. Certes, l’accumulation des prophéties les plus sinistres a aussi pour but de mobiliser les bonnes volontés et de contraindre les gouvernements à une action plus énergique. Mais elle a aussi un effet pervers : à force de dénoncer l’impuissance publique, d’accuser la classe politique d’indifférence criminelle, elle répand l’idée qu’on ne veut ni ne peut rien faire contre le dérèglement climatique et qu’il faut désormais se résoudre à une « adaptation » plus ou moins douloureuse au réchauffement prévisible. Elle installe la vision poujadiste selon laquelle nos gouvernants, « regardant ailleurs », ne forment qu’une bande de farceurs cyniques enfermés dans un déni irresponsable, tels qu’ils sont portraiturés dans le film satirique Don’t look up.

Cette sinistrose favorise deux courants contraires qui, en fait, s’épaulent l’un l’autre : les climatosceptiques, pour qui il ne faut surtout rien faire sauf à appauvrir tout le monde, et les décroissants, pour qui ce qu’on fait ne sert à rien tant qu’on n’aura pas appauvri tout le monde. Le respect de leurs objectifs par les nations européennes prouve que les deux extrêmes se trompent : il est possible d’agir dès lors qu’on met en œuvre des politiques crédibles, qui commencent par la modification du mix énergétique.

Bien sûr, les écologistes, jamais à court de lamentations, remarqueront qu’il s’agit là des émissions « territoriales » qui ne prennent pas en compte le bilan carbone des importations (lesquelles font monter le total des émissions consommées en France de 6 à 9 tonnes d’équivalent carbone par personne), ce qui est une juste remarque. Ils ne manqueront pas non plus de répertorier les menaces qui pèsent sur la suite de ce processus positif : les mesures les plus difficiles sont à venir, le rejet de l’écologie dite « punitive » ne cesse de croître et la montée de l’extrême-droite lui confère un impact croissant. Mais plutôt que de clamer sans cesse que les verres à moitié pleins sont au trois-quarts vides, ils seraient bien inspirés de saluer l’effort européen, qui contraste tant avec le déni américain. C’est la seule manière de convaincre l’opinion que les politiques de lutte contre le réchauffement peuvent marcher et qu’il convient donc de les continuer.

Laurent Joffrin