Internet : jeux interdits

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 10/01/2026

Les mineurs interdits de réseaux sociaux et les lycéens privés de portable : des décisions qui vont dans le bon sens, malgré la difficulté de leur mise en œuvre.

Une adolescente absorbée par l’écran d’un smartphone regarde une vidéo sur les réseaux sociaux. Illustration surexposition et addiction aux écrans des enfants et ados. (Photo Mathieu Thomasset / Hans Lucas via AFP)

C’est soudain à qui dégainera le plus vite. Alors que le Sénat a voté en décembre dernier une disposition imposant aux mineurs de 13 à 16 ans de recueillir une autorisation parentale pour s’inscrire sur un réseau social, deux autres textes se font concurrence en ce début d’année, visant à interdire carrément les réseaux aux mineurs de moins de 15 ans et à élargir, des collégiens aux lycéens, l’interdiction des portables à l’école.

Réseaux sociaux : l’interdiction des mineurs

Emmanuel Macron a en effet annoncé pour avant la fin du mois un projet de loi qui est déjà en lecture au Conseil d’Etat, en même temps que Gabriel Attal défend une similaire PPL (proposition de loi, préparée par la députée Renaissance Laure Miller), inscrite à l’ordre du jour de la niche parlementaire du groupe Ensemble pour la République le 26 janvier. Peu importe la guéguerre des préséances : l’essentiel est que le sujet soit traité, et voté !

On connaît les ravages que déclenche chez les plus jeunes l’usage excessif des réseaux sociaux. De plus en plus de pays déclarent avoir l’intention de mettre fin à cette perversion du secteur numérique qui, à coup d’algorithmes, broie les vies, amenant les plus fragiles jusqu’au suicide. En Australie, la loi d’interdiction aux mineurs de moins de 16 ans est entrée en vigueur le 10 décembre dernier, saluée par le Premier ministre Anthony Albanese comme « l’un des plus grands changements sociaux dans l’histoire du pays ». Même à Bruxelles, compétente en la matière, la Commission vient d’autoriser ses membres à mettre en place des restrictions d’accès aux mineurs.

La France devrait donc bénéficier de cette mesure de protection des mineurs assez rapidement, quel que soit le véhicule législatif emprunté. Si le texte souhaité par Emmanuel Macron est adopté, il comportera deux articles, l’un sur l’interdiction pour une plate-forme de fournir un réseau social en ligne à un mineur de moins de 15 ans, l’autre élargissant l’interdiction de l’usage du téléphone portable à l’école jusqu’au lycée. Les deux mesures, aussi souhaitables puissent-elles être, comportent néanmoins des difficultés de mise en œuvre.

Contournements et contrôle des plates-formes

En Australie, qui essuie les plâtres d’une initiative courageuse, des manœuvres de contournement de l’interdiction se sont mises en place. Les jeunes, même s’ils ne peuvent plus poster vidéos et commentaires, peuvent toujours consulter les plates-formes sans avoir de compte sur TikTok, Instagram ou Snapchat. Et de nouvelles applications alternatives sont apparues, avec les mêmes caractéristiques que celles bannies par la loi. Mais les responsables australiens ne se découragent pas, en ajustant, pas à pas les dispositions nécessaires et le contrôle des plates-formes.

Au lycée, l’interdiction du portable

L’autre mesure, portant sur l’interdiction de l’usage des portables à l’école, est encore plus difficile à mettre en œuvre. Elle a déjà été expérimentée au collège : les experts du ministère de l’Éducation estiment qu’au mieux la moitié des établissements ont réussi à la faire respecter. Les syndicats maison rouspètent : voilà que leur incombe une tâche supplémentaire sans nouveaux moyens pour la mettre en œuvre. Les élèves ne sont pas toujours très coopératifs. Comment faut-il procéder pour éliminer leurs portables, cette arme de distraction massive ?

Installer un système de brouillage ou des casiers à l’entrée coûte cher. Le recueil des portables à l’entrée de chaque classe est lourd à mettre en œuvre. Et puis, il y a le problème des majeurs. Au lycée, beaucoup d’élèves ont déjà 18 ans. Peut-on leur imposer cette restriction de liberté ? Enfin, il ne faut pas se faire trop d’illusions. À peine les ados auront-ils récupéré leurs engins, qu’ils se jetteront dessus et y passeront des heures. L’école ne présente que 20 % du temps de l’enfant. Si les parents ne sont pas derrière, les progrès seront minces.

Mais la prise de conscience progresse. Les familles sont massivement favorables aux mesures de protection. Les drames ont secoué les esprits. Si tout le monde s’y met, on peut espérer un progrès. Ne rien tenter serait la pire des solutions.

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse