Iran : bientôt la fin des mollahs ?

par Boris Enet |  publié le 06/01/2026

La multiplication des mobilisations iraniennes souligne une fois encore l’héroïsme d’une population que la répression continue depuis 47 ans n’arrête pas. La chute des mollahs n’apparaît pas hors de portée.

Cette capture d'écran, à partir d'images vidéo publiées sur les réseaux sociaux, montre des manifestants attaquant un bâtiment gouvernemental à Fasa, dans le sud de l'Iran, le 31 décembre, au milieu de manifestations spontanées à l'échelle nationale. (Photo UGC / AFP)

Dans un article de décembre 2024 – Quand les mollahs mollissent – nous indiquions que la seule répression ne suffirait plus à pérenniser une théocratie à bout de souffle. Bien sûr, l’appareil de répression du clergé chiite veille. Bien sûr, l’encadrement idéologique de la théocratie reste puissant. Et pourtant, contre tous ceux qui annoncent régulièrement la fin du monde et des espérances, les Iraniens se lèvent encore. On ne compte plus les manifestations, les actes individuels désespérés, la bravoure et les doigts d’honneur à ceux qui les ont enfermés dans les fers depuis 1979. Et contrairement aux formules alambiquées des insoumis bien ennuyés par le soulèvement en cours, il ne s’agit pas seulement de mobilisations contre un régime effectivement exsangue sur le plan économique, incapable de préserver l’essentiel mais aussi d’une énième révolte contre un pouvoir islamiste absolu, créancier des bouchers du Hamas et de quelques autres proxies dans la région à l’image du Hezbollah libanais.

Défait sur le plan géopolitique, Téhéran ne survivra pas sur la scène régionale avec les Houthis yéménites, sans continuité territoriale comme au temps de la toute-puissance d’Assad, boucher de Damas. Ces défaites géopolitiques successives dans la région, conjuguées au poids de sanctions occidentales deviennent un fardeau trop lourd à porter pour le régime.

La mobilisation se renforce

Rien n’indique que la population sera cette fois-ci en mesure de venir à bout des mollahs, mais la déroute idéologique du régime se renforce : plusieurs informations recoupées par les Iraniens en exil évoquent des forces de police parfois dépassées, mais également une certaine homogénéisation géographique et ethnique du mouvement dans laquelle la jeunesse tient, une fois encore, le premier rôle. On ne compte plus les gestes de résistance individuelle atterrissant sur les réseaux sociaux. Celui des femmes consistant à se dévoiler, celui des jeunes affrontant la bureaucratie du régime prêchant ses mensonges éculés, ceux des travailleurs qui défilent pour dénoncer les privilèges d’un clergé tout-puissant. Parmi ce Tiers état disparate, les intérêts sont contradictoires. Mais si une crise révolutionnaire se définit encore et toujours par la conjugaison d’un pouvoir dans l’incapacité de réprimer davantage et la volonté d’un peuple ne le tolérant plus, on peut prédire que la clique du Guide suprême et de ses sinistres Pasdarans s’affaiblit inexorablement.

C’est désormais une question de temps. Auparavant, à la faveur des crises économiques et des mouvements sociaux consécutifs de 2005, 2011 ou 2017, le pouvoir parvenait encore à capter, même partiellement et de manière dévoyée, une part des révoltes à travers l’aile réformatrice du régime, caution « démocratique » de la République islamique. Ce temps est manifestement révolu. La question de la direction que prendra ce mouvement est évidemment centrale, à plus forte raison dans un pays qui ne connaît ni pluralisme ni controverse démocratique en dehors d’une comédie sous contrôle. Sans doute, en cas de renforcement du mouvement, une partie de l’appareil d’État en déconfiture endosserait la fonction de transition réformatrice offrant un débouché, c’est le lot des tyrannies lorsque le ciel s’obscurcit pour sa propre survie. À moins que le fils du Shah en exil apparaisse comme la seule traduction alternative dans un pays dont l’acculturation démocratique est jusqu’ici inexistante. Au milieu des slogans de « mort au dictateur, mort à Khamenei », la dynastie des Pahlavi semble retrouver une virginité – qui l’eut cru ? – après le règne sans-partage de ces barbus d’un autre âge.

Femme, Vie, Liberté

Quoi qu’il advienne, l’assassinat de Mahsa Amini le 16 septembre 2022 hante toujours ce régime finissant et inspire les résistants d’aujourd’hui. Le pouvoir ne se cueille pas encore comme un fruit mûr, d’autant que la situation à Téhéran semble moins inflammable à cette heure que dans le reste des provinces où Perses, Tadjiks, Hazaras, Kurdes, Ossètes, Baloutches et autres minorités convergent ensemble. Mais en cette période de vœux, elle vient rappeler les fondamentaux d’une situation concrète au détriment de la puissance de la propagande. Puisse le vent se lever une bonne fois pour toutes et annoncer le retour des peuples épris de libertés au premier plan en 2026.

Boris Enet