Iran : le pari de trop ?
La décision de frapper l’Iran par Israël et les États-Unis représente un tournant majeur dans la région, avec une part de risque pour les deux pays, et pour leurs dirigeants, en particulier pour Trump.
L’appel de Trump à changer le régime en Iran, dans sa déclaration au peuple américain pour annoncer les frappes, marque un revirement radical par rapport à sa posture de longue date, avant même d’entrer en politique. Le slogan « America First » exprimait en effet son rejet de l’immigration et du libre-échange, mais aussi son refus des guerres extérieures et des changements de régime.
Un revirement stratégique pour Trump
Dans la primaire républicaine de 2016, le favori était Jeb Bush, frère de George W. Bush, et le principal angle d’attaque de Trump contre lui était la critique de la guerre en Irak menée au nom de la lutte contre les armes de destruction massive, qui avait conduit à un changement de régime et à la déstabilisation régionale. Au-delà de la légitimité de frapper l’Iran sur le fond, la reprise de ces arguments par Trump marque donc un tournant majeur qui pourrait lui aliéner sa propre base politique, déjà ébranlée par l’affaire Epstein.
Ce risque politique est d’autant plus grand qu’une guerre contre l’Iran causera des victimes américaines, ce que Trump a lui-même reconnu, mais poussera aussi à la hausse le prix du pétrole et donc de l’essence, indicateur micro-économique absolument majeur aux États-Unis, dans un contexte d’inflation persistante qui lui est reproché. Avec cette guerre, Trump prend donc le risque de trahir sa base sur le principe même d’America First, le coût de la vie, après avoir mis en péril son statut antisystème et élites avec l’affaire Epstein.
Netanyahou face à son pari régional
Pour Netanyahou, cette opération marque l’aboutissement d’un long chemin engagé depuis son retour au pouvoir en 2009. Il a toujours mis en garde contre tout accord avec l’Iran, et estimé que la seule solution passait par un changement de régime dans le pays. C’est pour cela qu’il avait ferraillé contre le JCPOA(1) (accord que l’Iran respectait) jusqu’à obtenir sa sortie par Donald Trump en 2018. L’affaiblissement des proxys iraniens avait permis à Israël de desserrer l’étau de l’« anneau de feu » iranien en 2024, mais la guerre qui vient de s’ouvrir pourrait concrétiser sa vision d’une nouvelle architecture régionale débarrassée de la menace iranienne, avec la normalisation avec les pays du Golfe et l’oubli de la question palestinienne. Sa politique dure contre l’Iran est d’ailleurs assez populaire en Israël, et une action couronnée de succès pourrait permettre à Netanyahou de regagner en popularité, à quelques mois d’élections générales qui s’annoncent très difficiles pour lui après le fiasco du 7 octobre.
Israël exposé à un risque diplomatique
Cette guerre n’est pourtant pas sans risque pour Israël. Elle expose le pays au premier plan, ses citoyens, ses infrastructures, mais surtout sur le plan politique et diplomatique. Si cette guerre devait mal tourner pour les Américains, avec un enlisement, des pertes lourdes et une dégradation de l’économie mondiale et notamment américaine, Israël serait le coupable tout désigné. Et cette désignation pourrait venir de Trump, le roi de la défausse quand il s’agit d’assumer des responsabilités.
Alors que la sympathie des Américains va pour la première fois plutôt vers les Palestiniens que vers les Israéliens, c’est le standing même d’Israël dans le pays, déjà en forte baisse, qui est en jeu et qui pourrait pâtir d’une guerre mal menée.
Enjeux sécuritaires, politiques, diplomatiques : cette guerre contre l’Iran est bel et bien un tournant entre opportunités, incertitudes et risques majeurs.
(1) Joint Comprehensive Plan of Action (Plan d’action global commun) – accord international signé en 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien.



