Iran : le pari hasardeux de Donald Trump
L’offensive américano-israélienne en Iran peut déboucher sur un changement de régime, ce dont personne ne se plaindra. Mais les obstacles sur cette voie sont considérables et, en cas d’échec, c’est le peuple iranien qui en paiera le prix.
En lançant une offensive aérienne massive contre l’Iran, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché le plus grand conflit du Moyen-Orient depuis la guerre d’Irak. Ils ont surtout pris un risque majeur dont la victime pourrait être, non les mollahs retranchés dans leurs bunkers, mais le peuple iranien.
Les opérations précédentes ont montré que les Gardiens de la Révolution, bras armé et fanatique de ce régime sanglant et obscurantiste, n’ont guère les moyens de résister aux forces déchaînées par Israël et les États-Unis. L’espace aérien iranien est ouvert, les défenses antimissiles déployées pour protéger les deux alliés sont remarquablement efficaces, les appareils des deux alliés ont tout loisir de frapper sans relâche les installations militaires iraniennes et les centres de commandement, au risque de provoquer de lourdes pertes parmi les civils. Le bombardement d’une école a déjà fait plus de 80 morts.
Changement de régime : un scénario fragile
À partir de là, deux scénarios se dessinent. Le premier est idéal pour les attaquants : décapité, ses forces de défense démoralisées, le régime s’écroule et un nouveau pouvoir émerge de la guerre, plus laïque et pro-occidental, par exemple sous la houlette de Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah qui avait lui-même pris le pouvoir avec le soutien américain pour établir une dictature à la fois moderniste et féroce. Donald Trump a appelé le peuple iranien à se soulever une fois le régime mis à terre par les bombardements. Il faut espérer – mais tout est imprévisible avec lui – que les États-Unis ont un plan pour le jour d’après.
Plusieurs éléments font douter de ce processus. Donald Trump avait déjà appelé à une révolution en Iran lors des bombardements de janvier. Faute d’avoir détruit les forces de répression du régime, il a envoyé les foules iraniennes au massacre face à des Gardiens de la Révolution décidés à noyer la révolte dans le sang. Plusieurs dizaines de milliers d’Iraniens avaient payé de leur vie cette imbécile fausse manœuvre.
Les limites d’une guerre aérienne
Aussi bien, on a rarement vu dans l’histoire un pays se rendre par la seule force des bombardements. En 1944-45, l’Allemagne et le Japon, écrasés sous les bombes, ont lutté jusqu’à la fin. Seules une invasion terrestre pour l’un et la bombe atomique pour l’autre en sont venues à bout. Plus près de nous, il en a été de même pour l’Irak de Saddam Hussein, abattu par l’offensive terrestre de quelque 400 000 soldats alliés, principalement américains.
Rien de tel cette fois-ci. L’armada déployée par Donald Trump ne comporte aucun corps expéditionnaire. Elle aussi peut écraser l’Iran sous les bombes et les missiles. Mais la décision se fera à Téhéran. Seule une révolution interne peut renverser les mollahs. À une condition : que les forces de répression soient détruites. À ce jour, ce n’est pas le cas.
Si bien qu’en cas d’échec ou d’enlisement, le peuple iranien paiera au prix fort l’hubris qui a saisi Donald Trump, empêtré dans ses difficultés internes. Il ne manquera pas de crier victoire en clamant qu’il a affaibli l’Iran de manière décisive. Mais les seuls vainqueurs seront le gouvernement israélien, qui verra son principal ennemi affaibli et qui continuera ses actions de destruction des Palestiniens, et les mollahs qui auront survécu une nouvelle fois aux offensives adverses et pourront prolonger indéfiniment le martyre des Iraniens.



