« Islamophobie » : clarifions

par Laurent Joffrin |  publié le 30/04/2025

La mort d’un musulman tué pour sa foi a déclenché une dispute à la fois choquante et dérisoire, alors qu’un raisonnement simple résout rapidement la question.

Laurent Joffrin

Parlons franc : ces querelles sémantiques autour d’un cercueil ont quelque chose d’indigne. Un meurtrier tue de multiples coups de couteau Aboubacar Cissé qui priait dans une mosquée : il faut être un peu tordu, ou dogmatique, pour ne pas qualifier ce crime horrible d’islamophobe. Pour bien signer son acte, l’assassin s’est même filmé en criant « Ton Allah de merde… Je lui ai planté ses fesses ». Peut-on être plus clair dans la détestation d’une religion et de ses fidèles, qui a conduit au meurtre ? Certains préfèrent parler d’une haine antimusulmane. En l’occurrence, c’est la même chose.

Au fond, l’origine du terme importe peu en l’espèce (un texte universitaire de 1910, explique-t-on, ou bien les mollahs iraniens ou encore les prédicateurs Frères Musulmans). C’est bien la haine de l’islam et des musulmans qui a tué Aboubacar Cissé. De même, le maire de Poissy, Karl Olive, qui n’est ni islamo-gauchiste ni Frère musulman, a eu raison de qualifier d’islamophobe l’agression d’une femme de sa commune à qui un homme arraché son voile. Là encore, le refus du terme a quelque chose de blessant pour les victimes, qui sont bien agressées en raison de leur religion, l’islam.

Il n’y a pas que les agressions. Quand une chaîne comme CNews, 343 jours par an (sur 365), aborde la question de l’islam, la plupart du temps sur un mode péjoratif ; quand une partie de la classe politique emboîte le pas et tisse de manière obsessionnelle ses discours de critiques envers les musulmans, quand Éric Zemmour assène que « islam et islamisme, c’est la même chose », traitant ainsi tous les musulmans de France de fanatiques, voire de terroristes, comment ne pas voir dans ces propos publics incessants une manifestation évidente d’islamophobie ?

Mais là où la légitimité du mot disparaît, c’est quand on l’utilise dans une acception large et confuse, par conviction ou par calcul. Ce que font un certain nombre de militants aux penchants communautaires affirmés, qui cherchent par ce biais à décourager toute critique de l’islam et à faire reculer la laïcité française. Il faut pourtant le répéter : non, il n’est pas islamophobe de s’inquiéter de la place de la femme dans les sociétés musulmanes (ce qu’on fait par ailleurs pour les sociétés occidentales) ; non, il n’est pas islamophobe de rappeler les versets du Coran qui appellent à la violence ou à la détestation des Juifs ; non, il n’est pas islamophobe de considérer que le voile islamique est un signe de soumission de la femme (ce qui ne justifie pas pour autant son interdiction dans l’espace public) ; non, il n’est pas islamophobe d’approuver l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école ; non il n’est pas islamophobe de rappeler inlassablement que la loi de 1905, qui postule la neutralité de l’État (mais non celle de la société) est un précieux pilier de la vie commune en République. Autrement dit, la réfutation n’est pas la détestation et la critique n’est pas la haine. Ceux qui les confondent ne sont que des entrepreneurs de division ou de bigoterie.

Laurent Joffrin