Israël-États-Unis : le parrain et le vassal
Dans un courrier officiel, le président américain vient d’enjoindre son homologue israélien à gracier le Premier ministre israélien Netanyahou, en procès pour corruption. Plus qu’une ingérence, la vassalisation de tout un pays.
L’ingérence est encore plus spectaculaire que celle qui avait consisté à lier l’assistance à Israël à l’arrêt du procès de Netanyahou dans un tweet en juin dernier, et que sa « boutade » lors de son discours à la Knesset en octobre où il avait aussi évoqué cette grâce présidentielle.
Au-delà du ton cavalier de cette lettre, avec Netanyahou appelé avec son surnom « Bibi », c’est évidemment sur le fond qu’elle est scandaleuse, avec une atteinte sans précédent à l’indépendance d’un pays ami et souverain, et de sa Justice.
L’opinion israélienne est très divisée sur le sujet, avec 44% qui soutiennent la demande de Trump et 48% qui la rejettent. Au vu de l’impopularité record de Netanyahou, ce chiffre de 44% est assez haut et il traduit la forte popularité de Trump en Israël, en particulier depuis la libération des otages en octobre dernier. C’est évidemment cette popularité que Netanyahou veut exploiter au maximum, et il ne fait aucun doute qu’il est derrière cette démarche de Trump, qu’il a d’ailleurs remercié avec effusion.
Cette lettre est avant tout un signal de soutien de Trump à Netanyahou envoyé aux Israéliens, alors que leur pays est en période pré-électorale. À bien des égards, cette missive de Trump lie les mains du président israélien qui aura du mal à accorder cette grâce désormais, mais l’objectif des deux hommes est ailleurs : affaiblir la Justice et indiquer aux Israéliens le « bon choix » lors des élections, qui ne saurait être que « Bibi » que Trump dit tant aimer. L’ingérence de Trump ne concerne pas que la Justice israélienne, mais aussi ses élections, sur le modèle de son appui à Milei, dont il avait lié l’octroi de garanties financières à sa victoire aux dernières élections législatives.
Transactionnel et mégalomane, il est peu probable que Trump ait rédigé sa lettre par altruisme. En faisant pression sur la justice israélienne, il manifeste aussi son mépris de l’indépendance de la justice dans son propre pays, dans un phénomène classique de projection. Et sur le plan diplomatique, ce coup de pouce à son ami Bibi lui permet de mieux le contrôler Israël, relégué au rang d’état client soumis à la toute-puissance trumpienne autant qu’américaine.
La démarche de soutien à Netanyahou est à la fois transparente et humiliante pour la démocratie israélienne. Elle traduit autant la brutalité et l’approche mafieuse de Trump que le cynisme et l’obséquiosité de Netanyahou, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, y compris saper l’indépendance de son pays et ses institutions démocratiques, qu’il n’aura eu de cesse d’affaiblir lui-même. Netanyahou ne se contente plus d’isoler Israël, il est prêt à le transformer en colonie américaine avec un leader fantoche à sa tête, pour peu qu’il soit ce leader et qu’il évite la prison. Voilà comment la « start up nation » se change peu à peu en république bananière.



