Israël pied au plancher

par Sébastien Lévi |  publié le 09/09/2025

Enlisé dans une dérive autoritaire menant le pays à un isolement croissant, Israël traverse une crise morale et politique durable qui inquiète aussi bien ses citoyens, ses alliés, que ses amis partout dans le monde.

Des manifestants brandissent une pancarte "Nous rejetons leur guerre" lors d'une manifestation organisée par les familles des Israéliens retenus en otage par des palestiniens dans la bande de Gaza, pour réclamer leur libération et un cessez-le-feu dans la guerre à Gaza, sur la « Place des otages » à Tel Aviv, le 30 août 2025. Les projets d'Israël d'étendre la guerre à Gaza ont suscité une opposition dans le pays. (Photo Jack GUEZ / AFP)

L’État d’Israël a aujourd’hui à sa tête un conducteur ivre de sa puissance qui conduit le pays vers dans le mur. Des Israéliens de plus en plus nombreux et majoritaires appellent désormais leur dirigeant à arrêter cette voiture qui fonce sans direction, et dont le seul objectif du conducteur est de rester au volant, quitte à fracasser ses passagers dans un ravin.

Lorsqu’un conducteur se comporte de façon erratique, les proches, et surtout la famille, hésitent souvent à intervenir, se demandant s’ils sont légitimes pour le faire. Les diasporas juives sont confrontées à ce dilemme, avec des voix distinctes en leur sein, mais avec leurs grandes institutions représentatives qui préfèrent garder le silence et ne surtout marquer aucune désapprobation. Au nom même de leur amour pour Israël, une intervention serait pourtant nécessaire, pour ne pas avoir à pleurer demain le souvenir d’un pays aimé devenu méconnaissable et ostracisé dans le monde. Tellement isolé et appauvri qu’il cessera d’être un phare pour certains et un refuge pour d’autres.

Les autres hésitent sur la marche à suivre, certains à cause d’une culpabilité qui les empêche de dire le fond de leur pensée, d’autres parce qu’ils pensent sincèrement que cette affaire est interne. Enfin, d’autres pensent qu’il est de leur devoir de prendre les clés, de manière métaphorique, et de le faire savoir au conducteur ivre, quitte à se brouiller avec lui. Les États-Unis, l’Allemagne, l’Inde et la France sont ces différents amis qui ont un rôle à jouer dans la situation actuelle, voyant un dirigeant israélien, autrefois raisonnable, perdre toute prudence et obéir à un hubris irresponsable.

Il existe enfin les amis récents, comme les Émirats arabes unis, qui s’inquiètent, et les ennemis de toujours, comme l’Iran ou les anti-israéliens à travers le monde, qui se réjouissent de voir ce pays honni en route vers l’autodestruction.

De plus en plus d’Israéliens demandent aujourd’hui à la famille et aux amis d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Sauront-ils écouter les voix de ces passagers inquiets, ou continueront-ils à détourner le regard et à dire que cela ne les concerne pas ? C’est l’avenir d’Israël comme état juif, démocratique et acteur respecté de la vie internationale qui est en jeu dans cette question.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis