Italie : le spectre du terrorisme
L’Italie avait tourné la page des années de plomb. Mais de récents sabotages coordonnés, des violences de rue et des revendications floues font resurgir un climat de tension. Un nouveau terrorisme, plus difficile à cerner, pourrait prendre forme dans le pays.
Les épisodes de violences et de sabotages à répétition qui viennent de frapper l’Italie ont provoqué une avalanche de commentaires. Certains évoquent déjà le retour des Brigades rouges, ces groupes armés qui firent 147 morts entre 1970 et 1984, organisèrent l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro et plongèrent la péninsule dans les « années de plomb ». D’autres analyses tendent au contraire à banaliser le phénomène, y voyant l’émergence d’une « zone grise » faite d’anarchistes et de marginaux cherchant à tester leurs capacités d’action, comme l’écrit le quotidien Il Foglio. Un terrain susceptible d’attirer, selon différents observateurs, des mouvances complotistes hostiles à l’Occident.
Trois attentats et deux « journées noires » ont ainsi marqué le début du mois de février. Le 7, un sabotage a endommagé des câbles essentiels à la circulation des trains dans l’Italie centrale. Le même jour, un incendie sur les lignes voyageurs à Bologne a provoqué un chaos ferroviaire tenace. La seconde journée noire a débuté dans la nuit du 8 au 9 février, avec la rupture de câbles sur une ligne de fret près de Pesaro. Dans les trois cas, les enquêteurs évoquent des engins incendiaires rudimentaires mais efficaces : des bouteilles remplies d’un liquide accélérateur, reliées à des dispositifs inflammables et reliés à un système de minuterie.
Manifestations et revendications floues
Fait notable, cette série d’attaques s’est déroulée parallèlement à des manifestations parfaitement autorisées, qui ont elles aussi donné lieu à des incidents violents. À Milan, dans un cortège contre les Jeux Olympiques, une centaine d’individus encapuchonnés ont affronté les forces de l’ordre par des jets de pierres, de fumigènes et de bouteilles. L’action a été revendiquée par le C.I.O., « Comité contre les Indéfendables Olympiades ». Des scènes similaires ont été observées à Turin puis à Rome. À en croire cette déclaration, ce néo-terrorisme s’inscrirait dans une logique d’actions tous azimuts, y compris contre des événements sportifs.
Reste une question : à qui profite cette nouvelle vague de violences ? Le phénomène n’est pas inédit. Sur les 21 attentats recensés l’an dernier dans l’Union européenne, 18 ont eu lieu en Italie, un chiffre révélateur. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, dénonce des « bandes de délinquants » qu’elle qualifie « d’ennemis de l’Italie et des Italiens ». Mais, à bien y regarder, ces actions pourraient aussi servir son camp, en ravivant des réflexes autoritaires, en justifiant un durcissement sécuritaire et, éventuellement des restrictions de libertés. L’histoire montre en effet que les violences de ce type n’ont jamais profité à la gauche.



