Italie : Urbano Cairo ou l’anti-Bolloré
Pur produit des écuries de Silvio Berlusconi et magnat de la presse, Urbano Cairo, 68 ans, s’apprête à repositionner à gauche son Corriere Della Sera, numéro un des quotidiens italiens. Le self-made-man avance ses pions, entre pouvoir et influence.
Les Italiens ont de la chance : Cairo, le « roi de la presse » transalpin n’est pas une copie conforme de Vincent Bolloré. Il ne cherche pas à faire basculer à droite mais à gauche le journal historiquement centriste et libéral qu’il contrôle, dont 221.000 exemplaires sont vendus chaque jour.
Le tournant anti-Meloni qu’il prépare, selon plusieurs médias italiens, résulte tout d’abord d’un constat simple : Urbano Cairo, qui est patron avec 60, 9% de la maison d’édition RCS (Rizzoli Corriere Della sera), 2.955 salariés, 828 millions de chiffre d’affaires, est persuadé que la ligne éditoriale modérément pro Meloni du Corriere Della Sera n’est plus rentable.
Cairo, qui peut étaler ses bonnes intuitions en matière de mutations électorales, est convaincu aujourd’hui que la popularité de Giorgia Meloni (30 %), est destinée à chuter brutalement avec l’évolution négative de l’économie italienne après les accords européens du 27 Juillet. Mais un autre motif, plus prosaïque, évoqué par certains commentateurs, pourrait pousser le businessman Cairo « sur sa gauche » : le désir de mettre la pression sur le gouvernement italien pour le pousser à partager avec « La 7 », sa télé privée, les copieuses recettes provenant de la redevance télé. Et qui sont actuellement monopolisées par la RAI (télévision publique).
Urbano Cairo sait qu’il peut faire fructifier l’expérience acquise au fil d’un parcours professionnel riche et dense aux côtés de Silvio Berlusconi, notamment dans le secteur de la publicité. Il a toujours admiré et adoré le « Cavaliere » et fait tout pour lui ressembler. Décidant de le copier même en matière de « calcio », le foot. Avec la glorieuse équipe du Torino Football Club, qui influence fortement les chroniques de sa Gazzetta Dello Sport. Et avec des ambitions implicitement politiques, à l’instar de son mentor. Il a revendiqué à plusieurs reprises la possibilité de « descendre en politique », en mêlant lui aussi la télévision et le pouvoir.
Il aurait ainsi financé, le 29 juillet, un sondage le décrivant comme « nouveau leader des modérés », avec un nouveau parti « sérieux, rajeuni, attentif aux préoccupations des classes moyennes comme aux déshérités », et avec un candidat Premier ministre (lui-même) soutenu par des « listes civiques et territoriales ». Anti-Bolloré, décidément.



