Jack Lang : les ambiguïtés d’un hallali

par Jérôme Clément |  publié le 10/02/2026

Les relations de l’ancien ministre de la Culture avec le prédateur Jeffrey Epstein sont très condamnables. Mais qui ne voit que la droite s’engouffre dans cette brèche pour discréditer toute la politique culturelle de la gauche, dont Jack Lang fut l’artisan ?

Capture d'écran extraite d'une vidéo publiée par le département de la Justice américain dans le cadre de l'enquête sur le délinquant sexuel Jeffrey Epstein, montre Jack Lang, ancien ministre de la Culture, posant avec Jeffrey Epstein devant la pyramide du Louvre à Paris. (Photo Jean-Marc Barrère / Hans Lucas via AFP)

On doit juger très sévèrement les liens établis par l’ancien ministre et désormais ancien président de l’Institut du monde arabe (IMA) avec Jeffrey Epstein. Une instruction judiciaire est ouverte et, comme l’a justement dit Bertrand Delanoë, Jack Lang devra rendre des comptes.

Une démission et une instruction ouverte

En attendant, comme tout accusé, il est présumé innocent, il n’est pas mis en examen et aucun procès n’a eu lieu. Il a bien fait, en tout cas, de démissionner de l’IMA pour protéger l’institution.

On peut s’étonner aussi, à bon droit, que, dans le même temps, une autre personnalité impliquée dans de multiples affaires et, qui plus est, mise en examen, Rachida Dati, ne soit pas, elle, obligée de démissionner pour protéger l’institution, à savoir le ministère de la Culture. L’Élysée a « lâché » Jack Lang, mais continue à soutenir une ministre sur laquelle pèsent de lourdes présomptions de corruption et de trafic d’influence, actuellement entre les mains de la justice…Deux poids, deux mesures.

Bilan culturel et récupération politique

Mais il y a aussi quelque chose d’indécent dans la façon dont est traité Jack Lang depuis sa démission. Il a été un grand ministre de la Culture, le meilleur et le principal depuis André Malraux. Son œuvre est considérable et il reste une référence constante pour tous les acteurs de la culture : Fête de la musique, prix unique du livre, doublement des crédits du ministère, Fonds régionaux d’art contemporain, aides directes pour le cinéma, grands travaux sous l’égide de François Mitterrand, on n’en finit pas d’énumérer ses initiatives qui ont fait de la scène culturelle française brillante un modèle admiré et envié dans le monde.

Personne ici ne l’excuse d’avoir profité des largesses d’un affairiste et prédateur sexuel, ni d’avoir compromis, par sa pathologie, le travail de tous ceux qui ont œuvré pour la culture. Mais qui ne voit, aussi, que la boue dont il est couvert, et dont il est largement responsable, profite d’abord à l’extrême droite et à tous ceux qui n’ont cessé d’attaquer la gauche, « l’État culturel, religion moderne », comme écrivait Marc Fumaroli, et tous ceux que l’on a encore entendus protester devant le spectacle d’inauguration des Jeux olympiques à Paris, par exemple.

On les entend se réjouir aussi, ceux qui, hier, se pressaient pour lui serrer la main et crachent aujourd’hui sur cet homme relégué au banc d’infamie. Un peu de retenue serait bienvenue. Et ceci vaut pour les responsables socialistes, qui revendiquaient comme un grand succès la politique culturelle de la gauche, et qualifient aujourd’hui son artisan de « socialiste de la haute société… n’existant que dans les livres d’histoire » ! La droite atteint ainsi son objectif : détruire « le gauchisme culturel », comme le qualifie Pierre Vermeren, collaborateur du Figaro, pour s’en réjouir.

Ce serait pourtant une bonne occasion pour les dirigeants socialistes, au moment où les crédits de la culture diminuent partout, de rappeler leur attachement à une véritable politique culturelle, et au bilan de la gauche dans ce domaine, de réagir aux attaques des Morançais et autres Dati, plutôt que de s’acharner avec une joie mauvaise sur un homme à terre.

Jérôme Clément

Editorialiste culture