JO de Paris : le faux départ du handisport

par Clément Barry |  publié le 08/10/2025

Les Jeux Paralympiques de Paris devaient « battre tous les records » d’inclusion grâce à la place inédite donnée aux para-athlètes. Un an plus tard, les premiers intéressés déplorent une réalité cruellement différente : le « handiwashing ».

Le président Emmanuel Macron joue au tennis en fauteuil roulant avec le joueur français de tennis en fauteuil roulant Michael Jeremiasz lors d'une visite sur un site près des Invalides à Paris le 24 juin 2017 dans le but de promouvoir la candidature de la ville de Paris aux Jeux olympiques d'été de 2024. (Photo par ALAIN JOCARD / AFP)

D’aucuns y verront un sujet anecdotique, en décalage avec une actualité politique brûlante … Mais les promesses non tenues, les effets d’annonce grandiloquents, les petits et les grands renoncements ne sont-ils pas la source de la crise institutionnelle que nous vivons en ce moment, et du désintérêt des Français vis-à-vis d’une classe politique qu’ils jugent obsolète ? L’hypothèse mérite d’être étudiée. Un flashback à l’été 2024 nous y aide.

Avant même les premières épreuves, ces Jeux Olympiques ont d’abord été ceux des éléments de langage, distillés à grand renfort de plans de communication et d’annonces « disruptives », fidèles à la parole « performative » chère au président de la République. Emmanuel Macron et son écosystème rapproché, à commencer par l’ancienne ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra, ont fait habilement fructifier le thème du handisport pendant des mois. Auprès des para-athlètes et plus largement des personnes en situation de handicap. L’exécutif a pris la lumière jusqu’à la tenue de l’événement, qui aura coûté au total 6,6 milliards d’euros (donc sans « dérapage budgétaire », d’après un rapport récent de la Cour des comptes).

Véritable clé de voûte communicationnelle de ces JO, un mot valise efficace agrémentait chaque publication, chaque prise de parole officielle sur le sujet : « l’héritage » que cet événement devait léguer à tous les Français. Un héritage matériel, architectural, mais aussi sociétal, impalpable, et surtout sportif.

Un héritage visiblement bien trop abstrait pour l’une des figures de ces Jeux Paralympiques, Michaël Jeremiasz : dans un entretien accordé au Parisien début octobre, le champion de tennis fauteuil n’hésite pas à parler de « handiwashing », en référence au « greenwashing ». Il estime que les para-athlètes ont été « trahis », pour ne pas dire manipulés par le gouvernement de l’époque et les instances sportives : « La réalité est qu’il ne s’est rien passé depuis les Jeux Paralympiques, que ce soit politiquement, économiquement, médiatiquement, ou socialement. (…) On est que des gros cons de sportifs (…) Être en situation de handicap, c’est une condamnation à perpétuité. C’est vivre sous le seuil de pauvreté, subir les regards réducteurs et voir ses droits fondamentaux niés ».

Difficile de contredire celui qui a nourri un espoir sincère devant le monde entier en tant que relayeur de la flamme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques. Quelques mois plus tôt, à l’occasion de ses vœux aux différents acteurs des JO, le 23 janvier 2024, Emmanuel Macron déclarait : « Nous aurons des transformations et un héritage puissant, celui d’une nation inclusive. Derrière l’équipe de France unie, des millions de Français vont s’enthousiasmer en oubliant ces frontières d’une mauvaise appréhension du handicap qui avait parfois été créé. C’est maintenant un programme inarrêtable. Je m’y suis engagé, je m’y engage dans la durée ».

L’exercice du pouvoir est une course de fond, et il reste encore – normalement – un an et demi au chef de l’État pour honorer cet engagement.

La réussite sportive, logistique et sécuritaire de ces Jeux Olympiques est indéniable … mais éphémère. Du départ à l’arrivée, l’événement a offert un spectacle sans accrocs qui a marqué les esprits le temps d’un été, n’en déplaise aux Cassandre qui prédisaient une olympiade de l’apocalypse et des pluies de sauterelles dans la Seine. Un succès qui ne doit pas occulter les promesses sans lendemain. Surtout à l’heure où le sport, qui représente tout au plus 0,2% du budget de l’État, est le parent pauvre des priorités gouvernementales.

Clément Barry