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par Laurent Joffrin |  publié le 23/01/2026

En changeant de système de défense pour son procès en appel, la cheffe du RN avoue qu’elle a menti pendant des mois à l’opinion. Elle reconnaît qu’il n’y a eu contre elle aucun « complot judiciaire » et que les juges n’ont fait qu’appliquer la loi.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Depuis le début de la semaine, la presse rend compte avec une certaine retenue, voire une certaine indulgence, du procès en appel de Marine Le Pen, condamnée en première instance pour avoir consciemment enfreint les règles du Parlement européen et fait rémunérer indûment les salariés du RN avec de l’argent public.

La cheffe de l’extrême droite a en effet changé de stratégie judiciaire. Au lieu de récuser en bloc l’accusation et le tribunal, elle a intimé à ses acolytes l’ordre de plaider la demi-culpabilité, reconnaissant mezzo voce – et piteusement – les fautes commises et plaidant la négligence ou l’ignorance, dans l’espoir de voir sa peine allégée pour qu’elle puisse concourir à l’élection présidentielle (tout en étant condamnée).

Une stratégie judiciaire révisée en appel

C’est oublier la campagne insensée menée par le RN pendant les longs mois qui ont séparé le premier jugement de l’actuel procès et qui n’a d’égal que les mensonges répétés proférés par Nicolas Sarkozy au cours des procédures qui ont abouti à sa condamnation dans trois affaires différentes. Rappelons tout de même les accusations envers la justice française dont Marine Le Pen a tympanisé l’opinion pendant cette période de campagne calomnieuse et factieuse. L’audience, a-t-elle asséné à de multiples reprises, a été « d’une partialité affolante », marquée par « une absence de preuve » et destinée à condamner « une innocente ». Et d’ajouter : « ce n’est pas une décision de justice, c’est une décision politique » qui a « non seulement bafoué l’État de droit, mais aussi l’État de démocratie », pour conclure qu’elle « ne lâcherait rien ». Les perroquets qui composent son entourage ont porté partout et à de multiples occasions médiatiques la parole de l’innocence soi-disant outragée. Ils viennent de se dédire, acculés aux aveux par le contenu du dossier.

En décidant de faire volte-face et de reconnaître d’éventuelles infractions, Marine Le Pen reconnaît donc, très officiellement, qu’elle a menti comme une arracheuse de dents pendant des mois, qu’elle a accusé la justice de manière totalement gratuite et qu’elle a tenté de s’en sortir en racontant une fable, celle du « complot judiciaire » ourdi contre elle par pure vindicte partisane.

Une contrition tardive, une responsabilité niée

C’est seulement en comprenant – tardivement – que cette « défense de rupture » se retournait contre elle qu’elle a décidé de changer d’attitude, c’est-à-dire de reconnaître sur le tard qu’elle avait menti avec hauteur à l’opinion. Et encore cette contrition de dernière minute est-elle tout aussi mensongère. Marine Le Pen admet les fautes de ses subordonnés, mais pas les siennes. Alors que le dossier prouve le contraire, elle nie avoir mis en place un système organisé de fraude aux faux assistants parlementaires et affirme contre l’évidence que le Parlement européen laissait les pratiques du RN se développer sans réagir.

Voilà donc celle qui prétend toujours se présenter à l’élection présidentielle et donc gouverner le pays. Une calomniatrice arrogante qui a tenté de discréditer les magistrats pour se sauver, alors même que la fonction à laquelle elle postule doit garantir le bon fonctionnement de la justice.

Laurent Joffrin