Kiev et l’UE face au piège russo-américain
Nouvelle série d’embrassades et de coups tordus venue de Washington et Moscou. Kiev et l’UE sont dans le viseur des deux prédateurs. Mais l’Europe est plus forte qu’on le dit …
L’offensive mensongère bat son plein pour accréditer l’idée que cette fois, une « paix des braves » entre l’agresseur et l’agressé serait imminente. Et ce sur la base d’un « plan de paix » en 28 points réduit provisoirement à 19 qui ne règle rien, les questions les plus brûlantes ayant été retirées du texte et ce qui y demeure n’étant pas praticable. Le document aurait été préparé par les services du Kremlin, pour être finalement attribué à Washington, ce qui en dit long sur le sérieux de l’entreprise. Poutine, qui prétend le découvrir, estime qu’il constitue une base de travail correcte. Les cibles, Kiev et Bruxelles le vident promptement de son contenu, tout en faisant mine de le prendre au sérieux pour gagner du temps.
Derrière cette sinistre comédie, se joue l’avenir d’un monde plus vivable, fondé sur des principes de droit. À commencer par l’indépendance de Kiev, dont Américains et Russes prétendent régir les décisions souveraines en matière de défense et de diplomatie. La supercherie est grossière puisqu’il s’agit de laisser croire que Kiev a perdu la guerre et que Poutine en serait le vainqueur. La vérité est autre. Poutine n’a pas atteint ses objectifs de guerre et l’état alarmant de son économie lui impose une porte de sortie, ou bien une nouvelle fuite en avant militaire.
Prétendument unis, l’administration américaine et ses ex-alliés européens seraient guidés par une même logique coopérative et responsable. Il s’agit d’une vue de l’esprit, quand l’on sait que le président américain et ses porte-flingues se présentent au mieux comme des arbitres, tout en aidant Poutine à sortir de son isolement. Trump non plus n’est pas au mieux : il est contesté par les institutions américaines, sur le plan électoral comme en matière judiciaire. La Maison-Blanche rêve de faire main basse sur les avoirs russes gelés en Europe – près de 200 milliards – qui seraient utilisés pour la reconstruction de l’Ukraine par les entreprises américaines. Le casse du siècle. Une spoliation des intérêts européens consentie contre des assurances de sécurité très fragiles.
Reste donc à faire preuve de résilience, tant contre Trump que contre Poutine. L’Europe y est parvenue en se substituant à l’aide américaine défaillante, serait-ce, dans un premier temps, en achetant des armes américaines. L’UE a compris qu’il fallait enfin se dresser contre les offensives venues de Moscou, Washington et Pékin. Son économie n’est pas « déclassée », même si elle doit s’adapter à des circonstances parfois douloureuses. Les crises politiques nationales n’ont pas durablement ébranlé l’Union. En menant une politique commune, en affirmant sa puissance économique et militaire, l’Europe fait face. Elle doit certes surmonter la pression des extrêmes-droites et parfois celle de courants issus de la gauche qui la poussent à capituler. Mais rien ne permet de douter de l’engagement de la majorité des Européens aux côtés de Kiev.



