La crise de l’école, terreau du populisme
Tous s’en inquiètent, jusqu’à l’Institut Montaigne, think tank libéral, dans une étude récente : la dégradation continue du niveau des connaissances est un poison pour la démocratie.
L’obtention en 2025 du baccalauréat par une élève de neuf ans marque un nouveau record de précocité, mais pose aussi beaucoup de questions. Dès son arrivée à Matignon, François Bayrou, ancien ministre de l’Éducation nationale et agrégé de lettres, avait d’ailleurs officialisé ce qui était un secret de polichinelle : le niveau scolaire de nos enfants s’est affaibli jusqu’à atteindre un point critique. Près de trois enfants sur dix ne comprennent pas des mots simples à l’oral en classe de CP et près de trois étudiants sur dix ne maîtrisent pas les rudiments de la langue à la sortie du secondaire. Longtemps tue, cette préoccupation est désormais sur la table.
Malgré les difficultés budgétaires et l’incertitude politique, la rentrée d’Elizabeth Borne était pleinement dédiée à cette préoccupation. Mais la crise des vocations s’enracine, et avec les trois-quarts d’un budget consacrés aux salaires des enseignants parmi les moins attractifs des pays de l’OCDE, difficile de faire des miracles.
L’intérêt de l’étude de l’Institut Montaigne, qui n’est pas réputé pour sa défense acharnée des investissements publics, est d’alerter sur les conséquences à court terme du niveau professoral. L’institut redoute un renforcement de la fragmentation territoriale né d’une école dépassée, à la manière du système anglo-saxon, contraint d’épouser les dérives communautaires avec un niveau moyen en chute libre.
Il ne s’agirait plus seulement d’une école à deux ou trois vitesses, comme tel est le cas aujourd’hui, mais à cinq ou six. Plus grave encore, avec une capacité à raisonner et une reconnaissance de la complexité du monde aussi faibles, difficile d’endiguer les vagues poujadistes et populistes qui minent la démocratie française. Sur ce point, toutes les études publiées par les instituts de sondages ont toujours corrélé l’adhésion aux votes populistes avec un faible niveau d’étude. Davantage que les critères de classe, structurants au XXe siècle, la montée des extrêmes est corrélée avec le déclin des connaissances et des savoirs fondamentaux, ce qui explique les nouvelles dynamiques électorales.
On oublie trop souvent que dans le contexte des Trente Glorieuses, la classe ouvrière de la seconde moitié du XXe siècle n’a pas seulement profité de la multiplication par quatre du niveau de vie et de consommation. Elle a aussi bénéficié de l’augmentation considérable du niveau des connaissances, vérifiable par celle de la productivité et de la culture démocratique. Les forces progressistes ont bénéficié de cet âge d’or de l’élévation des connaissances qui a formé les cadres de l’action politique et sociale.
La chute du niveau scolaire n’est pas seule en cause. Mais le succès des discours simplistes et des solutions binaires que l’on peut épouser à quinze ans, montre l’incapacité de l’école à former une majorité de citoyens vaccinés contre les solutions autoritaires pourtant sans lendemain. La vitesse de propagation de l’Intelligence artificielle, la place des réseaux sociaux, le temps d’écran quotidien de nos enfants, ne sont pas réductibles à la querelle des anciens et des modernes. Aristophane, en son temps, moquait déjà la place des discours démagogiques dans une Athènes pourtant démocratique. La leçon demeure et nous fait vaciller.



