La dernière trahison du gaullisme ?

par Boris Enet |  publié le 15/10/2025

Comme à d’autres occasions au XXe siècle, ce qu’il reste aujourd’hui de droite formellement républicaine fait le choix de passer sous la coupe de l’extrême-droite. Un franchissement de ligne qui rebat les cartes d’un paysage politique en crise, pour le pire.

Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains et Jordan Bardella, président du Rassemblement National, lors de la REF 2025, rencontre des entrepreneurs de France organisée par le MEDEF, à Paris, le 28 août 2025. (Photo Xose Bouzas / Hans Lucas via AFP)

Deux preuves plutôt qu’une sur cette scène politique française devenue un capharnaüm indéchiffrable. Lors de la législative partielle dans le Tarn et Garonne, Bruno Retailleau et ses barons n’ont eu de mots assez durs pour discréditer le candidat socialiste face au RN. La mobilisation des droites a bien fonctionné contre le front républicain, ouvrant symboliquement la voie à Le Pen, Bardella et consorts. Les instituts, sondage après sondage, confirment cette porosité assumée dans l’attente de la fusion de deux électorats qui ont en partage la haine de la gauche et des progressistes. Jadis exceptionnelle et cantonnée à quelques beaux quartiers résidentiels du Var et de la Côte d’Azur, la jonction s’opère désormais au grand jour, précédant sa généralisation.

L’autre évènement, presque passé sous les radars, fut le vote lunaire au Parlement européen d’une motion de censure contre la présidente de la Commission. Une initiative du groupe Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella sous la houlette de Viktor Orban. Les trois-quarts de la délégation LR conduite par le numéro deux du parti, François-Xavier Bellamy, s’y sont joints avec enthousiasme, en dépit de leur appartenance au groupe du Parti populaire européen (principal soutien de la majorité européenne aux côtés du Parti socialiste européen). Pour la petite histoire, les gauches « folles », emmenées par Manon Aubry ont joué la même scène, en vain. Mais l’avertissement vaut pour toute l’Union.

Comment la droite parlementaire justifie-t-elle ce ralliement de la honte aux héritiers de Pétain, Tixier-Vignancour, Papon et Le Pen père ? Par un danger supérieur qui serait celui de la France Insoumise, prétend-elle. Personne ne niera que les agissements de Mélenchon, ses brouillages permanents des valeurs démocratiques, sont délétères pour la gauche de responsabilité. Son populisme braillard a affaibli le front républicain et démocratique à grande échelle alors que la réaction salutaire, venue des tréfonds du pays, avait permis d’éviter le pire en juin 2024. Mais rien ne justifierait que de prétendus gaullistes se jettent dans les bras de ceux qui ont toujours essayé d’abattre l’homme du 18 juin, y compris sous les balles au Petit-Clamart.

Bruno Retailleau choisit en conscience d’opérer la bascule avec Bolloré et Stérin, parce ces derniers partagent le goût de l’ordre injuste, celui de l’ordonnancement divin et le rejet de tout ce qui ne leur ressemble pas et qu’ils exècrent : les droits humains universels et le progrès. Aujourd’hui, face aux gens raisonnables qui ont en commun la démocratie, les Droits de l’Homme et le parlementarisme, le travail de sape de LFI sert de justification ultime au reniement de nos principes démocratiques. Demain, si la France tombait, l’Union des 27 vacillerait … et Poutine, Orban, Fico, Babis, Vance pavoiseraient.

Avons-nous seulement le droit d’en prendre le risque ?

Boris Enet